Un 10, mais pour faire quoi ?

Dans le foot comme dans la vie, tout est un éternel recommencement et l’hégémonie suprême des milieux relayeurs des dix dernières années se retrouve remise en question par l’instauration d’un milieu avec un 10 ou un MOC pour vous autres fans de FIFA. Depuis quelques années, des équipes se remettent à placer un joueur au cœur de leur jeu offensif : Tottenham avec Eriksen, le Real Madrid avec Isco, Lyon avec Fekir,  Marseille avec Payet etc. Thomas Tuchel le nouvel entraîneur du PSG a un projet derrière la tête : faire de Neymar le N°10 du PSG.

Essayons maintenant de voir ensemble quelles peuvent être les clefs du succès du PSG avec un 10 de la qualité de Neymar. On verra d’abord des grandes équipes qui ont marché avec des 10 puis comment le PSG peut s’inspirer des celles-ci pour tenter de faire mieux que ce qu’on a vu pour le moment. 

Toi, fan de FIFA, qui jure que par des acronymes barbares tel que MOC, MDC et autre AVG, va sur ce site pour comprendre un peu la correspondance entre les chiffres et les postes !
http://epstoulon.footeo.com/page/football-les-differents-postes-numeros-et-roles-des-joueurs.html
Ca te permettra de comprendre la dénomination chiffrée des postes que je vais beaucoup utiliser.

A tous les numéros 10 dans ma team

Pour les aficionados de football, quand on évoque le numéro 10 tout de suite une lueur apparaît dans leurs yeux. Quand on parle de 10, on parle bien sûr du meneur de jeu et pas seulement du joueur qui porte le 10 sur son dos. Oublions donc ces joueurs qui ont osé porter ce numéro sans pour autant savoir l’assumer comme Lass’diara, Julien Faubert et autres hérétiques.
Le vrai meneur « à l’ancienne », comme disent les anciens, c’est le dépositaire du jeu offensif, celui qui mène les attaques en fonction de ses inspirations et des mouvements de ses coéquipiers. Le 10 est celui qui va créer pour ses coéquipiers et celui-ci qui crée qu’avec l’aide de ses coéquipiers. La liste des 10 de légende est non exhaustive, si tu demandes à ton père il te parlera surement de Maradona,  Platini, Socrates ou  encore Zico. Quant à tes grands frères ils te parleront de Rai, Zidane, Totti, Riquelme, Aimar, Kaka ou Sneijder.
Et toi jeune millennial ! T’en connais pas des masses, et c’est normal.

En effet, depuis le Barça de Guardiola, soit maintenant dix ans, le 10 a disparu pour être remplacé par des 8, des profils relayeurs, hybrides comme Iniesta, Xavi, David Silva, Fabregas, Modric ou Kroos. Ces relayeurs peuvent être au pressing, récupérer, relancer, organiser sur leur côté du terrain et parfois conclure. Il y a eu aussi l’avènement du faux 9, dont la démocratisation de l’utilisation a été initiée par Spalletti à la Roma avec Totti et par Guardiola avec Messi au Barça. Ce faux 9 occupait la zone de prédilection du 10, sans pour autant apporter la touche d’organisation et de créativité propre au 10.

Le 10 est un profil beaucoup plus offensif que le relayeur, il est moins amené à assurer un travail de repli défensif, même s’il peut être le premier à mettre le pressing sur la relance adverse. Ses tâches sont presque exclusivement offensives ; dans la moitié de terrain adverse c’est par lui que doivent passer les actions offensives. Le 10 doit dicter le jeu par des passes ou exploiter des espaces via les déplacements des autres joueurs pour se créer des situations de tirs ou lui permettant de délivrer des passes clés qui doivent aboutir par des buts.

Ainsi en 2006, grâce aux mouvements permanents des latéraux, Abidal et Sagnol, des ailiers Malouda et Ribery et des appels de Thierry Henry, Zinedine Zidane avait une équipe lui permettant de dicter le tempo des offensives et ainsi faire peser une menace quasi permanente sur l’adversaire, même quand l’équipe n’avait pas le ballon. C’est ce qui le rend précieux ! Ainsi, une équipe comme l’Inter Milan 2010, qui a fait brillé Wesley Sneidjer au poste de 10, laissait volontiers la balle à l’adversaire afin de procéder par des contres où Sneidjer pilotait des attaques en construisant grâce aux appels de Maicon, Eto’o ou Pandev tout en s’appuyant sur Diego Milito alors dans la forme de sa vie

Ces équipes jouaient dans un 4-2-3-1:

L’avantage de cette formation est que le 10 a énormément de mouvement autour de lui, ce qui lui permet de choisir d’attaquer d’un côté tout en renversant le jeu de l’autre côté pour surprendre l’adversaire. En phase défensive le travail des latéraux et des ailiers permettent également d’assurer une solidité défensive et une relance propre par le biais des milieux de terrains.

L’autre option possible est de jouer avec un diamant au milieu, l’équipe adoptant ce système qui me revient de suite est le Milan d’Ancelotti de 2005-2006 demi finaliste de la C1 qui perdit dignement face au grand Barça de Ronaldinho.

4-1-2-1-2

Dans ces équipes les 10 présentent des caractéristiques communes, une technique phénoménale, une vista (vision de jeu) innée et une qualité de passe extraordinaire ainsi qu’une bonne capacité de finition. Mais la où Zidane et Sneijder étaient monstrueux dans la qualité de passes longues ou courtes, Kaka au Milan AC étaient un meneur qui utilisait sa vista et sa vitesse pour créer des situations où il cassait des lignes par ses courses et ses dribbles. Ces artistes ne pouvaient exister QUE grâce à l’abattage important d’un milieu de terrain souvent composé d’un récupérateur destructeur du jeu adverse et d’un joueur qui se projette en avant. L’action conjointe de ces deux joueurs permettaient aux 10 d’avoir le ballon dans les pieds. Les profils peuvent varier, ainsi le rôle de 6 récupérateurs était dévolu à Makelele en France et Vieira devait assurer la projection. Au Milan AC, Gattuso agissait comme ratisseur de ballons et de premier relanceur vers Pirlo qui devait lui assurer la projection vers l’avant à l’aide de Seedorf ou Kaka. AUEn fonction des caractéristiques actuelles du PSG, il serait intéressant de les voir évoluer dans un système similaire de celui du grand Milan.

4-1-2-1-2

Touchez pas à leur postes !

Une solution à envisager serait de s’inspirer du Milan d’Ancelotti avec Verratti en 6 devant la défense : Marquinhos ou Lassana Diarra qui devraient effectuer la basse besogne et Rabiot assurerait le piston attaque défense. Pour cela il faudrait qu’enfin certains joueurs se fixent à des postes définitifs.
Ainsi il faudrait que Veratti, déjà 26 ans, soit enfin installé en sentinelle. Son dynamisme, sa hargne et ses qualités techniques extraordinaires lui donnent un grand potentiel sur ce poste. N’oublions que c’est dans ce rôle que Zeman l’avait révélé en 2012. Celui qu’on appelait le nouveau Pirlo peut envier à son aînée sa vista, son sang froid et sa qualité de passe dans les 30 derniers mètres mais compense ce déficit par une justesse technique hors pair et une qualité de pressing très intéressante. Son absence s’est fortement faite sentir à Anfield, le milieu parisien n’ayant jamais trouvé la solution pour relancer face aux pressing des Reds.

Rabiot, tel Seedorf, devrait être un « box to box » capable de couvrir tout le terrain et de faire le lien entre l’attaque et la défense permettant de récupérer, relancer, se projeter et parfois même marquer. Même s’il semble encore se chercher, le français possède toutes les qualités physiques et techniques pour occuper ce poste et ainsi permettre à son équipe de remonter son bloc en fonction des besoins du match mais également de couvrir les allers retours permanent de Meunier de son côté. Enfin au poste de ratisseur de ballon, il faudrait que Lassana Diarra et Marquinhos tournent pour que le PSG puisse avoir une option permettant de récupérer le ballon proprement.
Avec des latéraux très offensifs et des attaquants pas avares en appels, Neymar aurait alors à sa disposition une équipe polymorphe qui pourrait répondre à sa créativité. En effet, il  pourrait en fonction des besoins  aller chercher le ballon encore plus bas pour jouer entre les lignes ou encore au contraire attendre que le bloc remonte, dézoner et créer ainsi le danger un peu partout sur le terrain avec toujours des solutions autour de lui pour construire. Les possibilités offensives deviendraient alors dépendantes du génie et de la créativité du Ney.

Ces dernières années en le mettant attaquant gauche, ses différents entraîneurs ont beaucoup misé sur ses capacités de dribbles et de percussion pour éliminer ses vis-à-vis et se retrouver ainsi dans en position de passe, de centre ou de tir. Dans ce registre il pourrait donc jouer bien plus pour les joueurs qui l’entourent. De plus, en le mettant au cœur du jeu offensif, on pourrait davantage voir sa qualité de passes et ses capacités à orienter le jeu, ce qui serait une évolution intéressante dans la carrière du brésilien que l’on voyait stratosphérique du côté de Santos. Pour cela il faudra aussi qu’il gagne en sobriété car un 10 étant bon que quand le fantastique rime avec réalisme. Le geste de génie qui débloque une situation, souvent l’apanage des 10, doit être une exception à la règle de sobriété requise.

Donc Neymar en 10 oui ! Mais il faudrait que chaque joueur joue enfin à son poste et c’est bien là que les analyses tactiques atteignent leurs limites. Faire adhérer au projet de jeu relève de compétences managériales impératives et c’est sur ce point que le PSG pêche le plus depuis l’arrivée des Qataris avec en corollaire une gouvernance de bon père de famille mise en place par Nasser qui a entraîné une république des joueurs où chacun agit selon son bon vouloir. Neymar la diva semble accepter sans broncher son nouveau poste, tandis que les lieutenants comme Marco et le Duc se montrent plus réfractaires à l’idée de jouer dans ce système. Malgré tout, le salut semble passer par là pour enfin progresser et entrevoir des soirées de Champions League en avril…

 

PS:

Compil du dernier meneur aussi beau à voir jouer que victorieux:

 

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