KAMCITY – 2 – Mehdi, un entrepreneur grenoblois à Paris 

Les Kameleons accueillent Mehdi, il nous explique comment d’un bac L option arts plastiques il est devenu entrepreneur dans la construction en passant par le commerce alimentaire ou encore videur dans les boîtes de nuit.

KAMCITY – E01 : Rencontre avec Sarah, une astrophysicienne

Nous avons rencontré Sarah, une passionnée d’astrophysique qui nous parle de son parcours depuis l’école jusqu’à son entrée dans le monde professionnel.

La double nationalité : quand t’as le cul sur aucune des deux chaises

Chez les Kameleons ou dans les médias de manière générale, on parle souvent, voire beaucoup, de notre place, nous enfants d’immigrés, dans la société française. Ce qui l’en ressort de ces débats, c’est qu’il est difficile pour notre génération de se fondre dans la masse dans le contexte actuel et particulièrement de se défaire des préjugés dont nous faisons l’objet.

Mais on parle rarement ou jamais de notre place au bled, comment nous sommes vus, perçus, jugés par nos compatriotes le temps d’un été. Et ça commence très tôt !

De l’enfance à l’adolescence, c’est le flou total

Tout commença au bled, depuis mes premiers mots, lorsqu’à chaque été mes oncles et mes tantes, encore à l’aéroport, me posaient la WTF question la plus gênante du monde. Du haut de mes cinq ans je subissais déjà cette forte pression tel Atlas portant la Terre sur ses épaules : « Que préfères-tu, la France ou le Bled ? ».

Ouais j’étais un gros mytho à cet âge ! C’était en 1995, je me retrouvais à la fin du mois de juin dans un avion en direction du bled telle une punition. J’avais délaissé Dorothée, qui était à son apogée à cette époque, pour regarder des dessins animés en arabe dont je ne comprenais absolument rien sur la seule chaîne nationale ; qui servait également de journal intime au Raïs. Le lait était imbuvable, le yaourt était un mélange de lait et d’eau aromatisée à la banane. Mais le bled avait tout de même son charme avec ses traditions folkloriques, qui n’est qu’un souvenir aujourd’hui. Bref, revenons à nos moutons !

Que ce soit en France ou au village, il y toujours des bonnes et mauvaises personnes. Les mauvaises n’en rataient pas une pour te faire passer pour la grosse merde du village qui ne comprend rien. Car il faut le rappeler, la langue arabe est très métaphorique. C’est le sport national au bled de se foutre de la gueule des enfants d’immigrés qui ne manient pas aussi bien la langue qu’eux. Pourquoi un tel exercice ? Pour les mêmes raisons qu’en France les gens se moquent de ceux qui ne parlent pas très bien le français : c’est gratuit.

Le bon côté de cette histoire est que nous avions tout de même la chance de partir en vacances quelque part, de sortir de nos cités contrairement à une grande partie de ses habitants, d’aller à la plage quoi. Mais quand tu arrives au bled, les autochtones sont déjà bronzés, voire cramé, et à côté d’eux t’es blanc comme un cul. Là encore un sujet de moqueries.

« – Tu préfères la France ou le bled ? – Le Bled » mais cette réponse démontre bien que le mensonge est inné chez les hommes.

De l’adolescence à la vie adulte : confrontation aux premiers stéréotypes

À l’adolescence, tu deviens plus autonome, tu voles la mobylette du premier membre ta famille pour te balader. Ta mère qui, d’habitude surveille tes moindres faits et gestes dans la cité oublie que tu existes. Ton père ? Idem. C’est la liberté totale ! Un défouloir de deux mois et avec le temps tu apprends toute la rhétorique du bled, les répliques aussi vulgaires que futiles. Je suis devenu un boss de l’Arab Contenders ! C’est là également que tu rends compte que l’argent fait la différence avec les gens du bled. Tu te permets de faire des trucs qu’un smicard du bled ne peut même pas imaginer. Tu commences justement à ouvrir les yeux sur le monde et à voir que des gens sont vraiment dans la misère mais tu es en vacances, ça te passe au dessus.

C’est également à cet âge que tu vois tes compères, ceux qui sont nés en France et qui partent en vacance au bled, le statut du kéké de tèce. Ces mecs qui se prennent pour les rois du pétrole. Ce sont les premiers à se battre dans les boites de nuit, à mettre la musique à fond dans un village où en temps normal tu entends les mouches voler. On voit apparaître les premiers regards assassins des gens du bled vis-à-vis des enfants d’immigrés et comme en France « Tous pareil ».

À cet âge, on peut voir les premières rivalités entre les gens du bled et nous-mêmes. C’est la même rivalité que celle qui existe entre Paris et la Province. Cela suscite une certaine jalousie ou frustration de certains qui s’illustre par des clashs.

« – Tu préfères la France ou le bled ? – Le Bled » et tu le penses vraiment !

Comme en France, stéréotypes et préjugés

Le communautarisme existe aussi au bled. Oui les enfants d’immigrés, pour certains, préfèrent glander entre eux. Nombreuses sont les raisons à ce manque d’intégration. La première est qu’on a beau être originaires du bled… bah on a grandi en France et il y a donc un fossé qui nous sépare de ceux qui ont grandi au bled. L’humour n’est pas le même, les références culturelles non plus et surtout les manières de voir les choses diffèrent. Allez dire à un québécois qu’il a la même culture que celle d’un français et vous recevrez une bûche dans la tronche ! J’ai pas besoin de vous refaire un cours de philosophie sur cela, mais par expérience, nous ne sommes pas pareils et cela se voit et se ressent.

Apparaissent alors les stéréotypes, qui sont nombreux et ancrés, chez la plupart des gens du bled fondés tout de même sur une part de vérité et en voici une liste non exhaustive :

  • Les enfants d’immigrés ne connaissent pas le bled ;
  • Les enfants d’immigrés se prennent pour les rois du pétrole ;
  • Ils vivent comme des SDF toute l’année en France pour déglinguer une centaine d’euros en été ;
  • Ce sont des pigeons ;
  • Ils n’ont pas un centime à la fin de l’été ;
  • Ils n’ont pas été élevés à la dure ;
  • Ils ne comprennent pas l’arabe.

Bref, tout cela pour dire que nous ne sommes pas de chez eux. Nous ne sommes pas marocains, algériens ou tunisiens. Nous sommes des « gawris » à leurs yeux ayant la vie facile. Même si t’es quelqu’un de normal, il y aura toujours un con, comme en France, pour te rappeler d’une manière pas très subtile que tu n’es pas vraiment de chez eux ou qu’il n’aime pas tes semblables mais qu’il t’aime bien quand-même. Merci pour cette considération.

C’est là que tu ouvres les yeux et que tu te dis : « on me dégaine la même connerie qu’en France, allez nique je vais aller à Bali cet été ». De leur côté leurs yeux sont également ouverts car eux-mêmes ont une réponse à la question WTF « la France ».

Le bled un nouvel eldorado des repats

Tu as bien compris qu’en France t’es pas français et au bled t’es pas du bled. Mais tu as également compris que l’argent est la langue commune qui fait oublier à tout le monde qui tu es et d’où tu viens et tes diplômes provenant d’un pays développé instaurent une forme de respect. Oui, l’intérêt du bled quand t’es adulte est d’investir ou de faire appel à tes compétences pour y travailler.

Car ton bled, entre le moment où les gens se baladaient à dos d’âne et aujourd’hui, il a évolué. Les pays de nos parents jouissent aujourd’hui d’une forte croissance qui fait pâlir la France. Aujourd’hui le yaourt est de la marque Danone, il y a la 4G et la fibre optique dans les villages ! Le bled fait de la brasse dans le bassin d’un monde globalisé. Tout le monde a compris qu’il y avait du biff à se faire là-bas en dehors du tourisme et tous les gens du bled ont compris que nous étions une manne financière importante. En Tunisie ils représentent 5 % du PIB, au Maroc 6,7 % et en Algérie 1,2 %.

Des projets de plus en plus importants font appel à des entreprises européennes qui, historiquement, disposent d’un savoir-faire incontesté et c’est là que notre double culture est une force. On a grandi en France, étudié en France et on connaît le bled. C’est un putain de vivier inestimable pour des entreprises qui mettent les pieds dans un pays qui était, jusque-là, inexistant dans leur portefeuille. Comme je l’ai dit précédemment, le bled se développe et il y a tout à faire !

Certains sont motivés par l’argent pour y aller, d’autres par l’amour de leur pays d’origine. Nous avons tous le rêve de voir un jour notre pays d’origine devenir un pays développé au même titre que la France. Nombreuses sont les initiatives des citoyens ayant la double nationalité en destination de leurs pays d’origine ; cela a commencé par des actions associatives et évolue aujourd’hui vers des Thinkthanks qui leur apportent une véritable plus-value. Ce sont des ambassadeurs ou plutôt des « citoyens de liaison » à la fois pour le pays où ils ont grandi et leur pays d’origine.

« – Tu préfères la France ou le bled ? – Je préfère la France pour les opportunités qu’elle nous a offertes et je préfère le bled pour les opportunités qu’il nous offrira ». Nous sommes la chaise sur laquelle s’assoient nos deux pays.

Rencontre association – « un monde sans frontières »

Une initiative citoyenne

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2h de trajet par jour, et alors ?

Mais pourquoi je fais de la peine à un intra-muros quand je dis que je passe deux heures de temps par jour dans les transports ? Pourtant ce n’est pas si chiant que ça, fais pas le malin la tendance s’inverse…

Ça commence systématiquement, lors d’une soirée branchée parisienne, par un « tu habites où ? » et dans la seconde après avoir dit « Sarcelles » je vois leur visage se décomposer tel un glaçon sur le parvis de la Défense un jour de canicule. Il y a deux raisons à l’origine de cette réaction : la première est « mais ça craint là-bas » et la seconde  » tu passes deux heures par jour dans les transports ? Mais comment tu fais ? Moi perso je pourrais pas « . Aujourd’hui je vais m’attarder sur la deuxième réaction. À cette dernière t’as envie de répondre  » connasse/connard” (#ecritureinclusive), je vais t’expliquer pourquoi passer deux heures dans les transports ce n’est pas si chiant que ça en a l’air. » Avant de continuer, je précise que lorsque je parle de 2h de transport par jour, je parle d’aller/retour.

Optimiser son temps de préparation

Il suffit de prendre le RER ou le Transilien pour se rendre compte que le temps passé dans les transports peut être d’une grande valeur. Pour les retardataires du matin, ceux qui ont des difficultés à quitter un lit bien chaud, la préparation pour ressembler à un travailleur lambda, se fait en deux temps : se vêtir et se brosser les dents et le reste dans le train.

Sans entrer dans les clichés, je ne compte même plus le nombre de femmes qui se maquillent durant les 20 minutes séparant Garges-Sarcelles de Paris Gare du Nord ; celles dont la dextérité, malgré l’étroitesse de la place assise, ferait pâlir les youtubeuse tuto. Il y a ceux qui, profitent de ce moment pour se laisser bercer par les secousses du train pour retrouver les bras de Morphée histoire de terminer la nuit de sommeil ; ceux qui lisent des bouquins, ou font semblant. Yes ! Je suis devenu quelqu’un de cultivé en lisant des dizaines de bouquins ; d’ailleurs la SNCF elle-même, promeut la lecture dans le train histoire d’avoir un truc sous la main au cas où tu aurais une heure d’attente parce qu’un nième incident allonge encore plus ton temps de parcours. Je pourrais développer un bon moment sur l’intérêt du temps passé dans le train, mais je vais faire bref avec une liste non exhaustive de trucs que les banlieusards et les provinciaux, ceux qui prennent viennent tous les jours des provinces limitrophes :

  • Réviser ses examens parce que t’as eu la flemme la veille ;
  • Écouter l’ensemble de ta playlist spotify pour continuer un réveil en douceur et se motiver pour ta journée de merde au boulot ou à la fac ;
  • Préparer ses réunions ;
  • Regarder des séries Netflix, j’ai 4 saisons de série à mon compteur, parfois je termine les 10 minutes restantes en bas du bureau caché dans un coin ;
  • Jouer à Candy Crush ou Farmville ;
  • Répondre aux messages auxquels on avait la flemme de répondre ;
  • Lire le 20 min, Métro et si tu as de la chance un vrai journal datant d’une semaine abandonné sur un siège (le Canard enchaîné sur la ligne D nord et B et le Parisien ou Capital sur la ligne A etc.)
  • Lire les articles et écouter les podcasts des Kaméléons
  • Réflexions existentielles quand on a plus de batterie.

Gare de Garges-Sarcelles RER D
Gare de Garges-Sarcelles RER D, les kameleons, 2018

Mine de rien parfois je mets moins de temps qu’un intra-muros

On a souvent du mal à y croire, mais parfois je mets moins de temps à joindre un endroit à Paris qu’un intra-muros. À tort, on a tendance à croire que les parisiens, parce qu’ils ont le métro, mettent moins de temps que les banlieusards. Bah en fait pas forcément ! Les experts des transports urbains (genre moi, oui car un banlieusard connaît bien mieux les temps de trajets que l’appli de la RATP et surtout j’ai un master en Transport d’humains), en plus de dessiner les lignes (bus tram métro et train) en réseau, se focalisent sur deux principales variables : les changements d’une ligne à une autre et la « vitesse commerciale » qui représente la vitesse moyenne d’un terminus à un autre. En gros c’est ce qui permet à votre application RATP d’estimer votre temps de parcours. Pour les curieux j’ai écrit un petit truc, un peu technique plus bas.

Le RER, quand il fonctionne bien sûr, est le plus rapide des modes de transport en Ile-de-France, mais pas qu’en vitesse. Son réseau constitué en étoile dont les branches banlieusardes se réunissent dans le centre de Paris est aujourd’hui représenté comme une tare, car il n’existe pas de connexions banlieue à banlieue – je vois l’aéroport de Charles de Gaulle depuis ma chambre à Sarcelles alors que je suis obligé de passer par Paris si je veux y aller en transport alors que je mets à peine 20 minutes en voiture – , mais on oublie qu’il constitue également sa force. Prenons l’exemple du RER D, il traverse sur un axe nord/sud la Gare du Nord, Châtelet-les-Halles et la Gare de Lyon permettant une interconnexion avec les lignes stratégiques du métro (genre à Ligne 1 ou 14, parce que la 3bis et la 7bis ne comptent pas vraiment…). Idem pour la ligne A du RER avec un axe est/ouest desservant la Nation, Gare de Lyon, Chatelet-les-Halles, Auber, et Charles de Gaulle étoile. Cela explique en partie les raisons pour lesquelles la ligne A est la ligne la plus fréquentée d’Europe (ce n’est pas vraiment un exploit…) avec ses un millions de passagers par jour (Cf plus bas pour plus de chiffres). Bref, fais rarement plus d’un changement ce qui explique pourquoi je mets une heure à atteindre tout point dans Paris alors que les déplacements d’un point à un autre de Paris nécessitent souvent deux voire trois changements avec un trajet debout… Après 3 correspondances et un trajet debout, t’arrives au boulot en transpirant comme un porc.

Les dessous du RER : pannes, bagarres, grève et sexe (Bernard sors de ce corps !!!!)

J’ai fait l’éloge du RER et je vois arriver la connasse ou le connard qui est à l’origine de cet article avec « nan, mais avoue que le RER craint quand même avec toutes les pannes, les retards, les cas sociaux les agressions ».

Je lui accorde du crédit concernant les pannes. ***************que ça me ********* de pannes de ********* ou les ******** retards parce qu’un cheminot sympa (il faut les caresser dans le sens du poil, sinon ils paralyseraient la D) n’a pas pris son service ou encore les aléas météos. Quand il faut trop chaud les caténaires explosent et les rails se dilatent ; quand il fait trop froid, les rails peuvent casser ; et quand c’est l’automne, les feuilles et les branches sur les rails empêchent le train de rouler. À croire que le train fonctionne normalement au printemps… le RER fonctionnerait bien dans un monde parallèle ou imaginaire.

Aiguillage du T5
Aiguillage du T5, imaginez ce phénomène sur la centaine d’aiguillages de la Gare du Nord, Les Kameleons, 2018

Pourtant la SNCF et la RATP s’attellent tout de même à rénover et leurs infrastructures parce qu’elles ont pour la plupart plus de 40 ans et la durée de vie d’une voie ferrée est justement de… 40 ans. Ces travaux permettront à terme (dans 20 ans quoi, c’est pas une blague) de réduire considérablement les incidents techniques d’exploitation et donc d’améliorer la qualité de service pour les voyageurs. Mais en attendant, les travaux se passent durant les extrêmes soirées et week-ends et des services de bus de substitutions sont mis en place, mais il faut tout de même compter 30 min  de plus à un trajet déjà long si ces services fonctionnent bien…

Quant aux cas sociaux c’est du lourd, mais du méga lourd ! J’inviterais même les touristes, amateurs de sensations fortes à faire des portions de RER. En dehors des alcoolos, roms, fumeurs de joints, voleurs à l’arraché, etc. (des « petits trucs quoi ») communs au métro, le RER c’est folklorique ; c’est « « Alice au pays des merveilles » ou « le monde de Narnia », une aventure de bout en bout ! Il y a ceux qui pique-niquent, les odeurs conjuguées de mets délicieux provenant des quatre coins du monde vous titillent les narines à toute heure de la journée et des emballages sous les sièges. On assiste alors à un ballet d’emballages rythmé par les accélérations et décélérations du train. Il y a aussi ceux qui se coupent les ongles ou se curent le nez l’air de rien et, comme dirait Ronald, ils te balancent un « quoi ? » lorsqu’ils aperçoivent l’étonnement sur ton visage. Genre c’est aussi normal que de lire un bouquin…

Dans un registre plus extrême, il y a les bagarres, ça met un peu de piment et provoque une petite montée d’adrénaline histoire de rendre le trajet moins monotone. Ça commence souvent par un « pourquoi tu me regardes ? » ou « pourquoi tu me pousses », et ça tourne en duels Western Spaghetti avec le mec qui dégaine la première patate de forain. Toujours dans le registre western, les passagers d’une rame entière de RER D ont été dévalisés par une vingtaine de jeunes à Grigny en mars 2013. Nan, c’est pas une fakenews de l’extrême droite ! Ils ont bloqué une rame de RER et dévalisé les passagers des wagons un à un.  Parfois, la tournure est plus tragique et c’est pas drôle…  Un jeune de Grigny a été poignardé à la station des Halles il y a quelques semaines suite à une simple bousculade, dont l’embrouille est montée crescendo jusqu’à la sortie d’une lame. Le journal du  Parisien ne manque pas de petits articles dans la rubrique faits divers où les agressions, les rixes et les morts ne manquent pas. À croire que le RER D c’est Mexico.

Sinon pour terminer dans une note moins morbide et plus fun, le RER est aussi un lieu  d’expression corporelle. On a tous vu, ou du moins essayer de voir, la fameuse vidéo d’il y a quelques semaines dans laquelle on voit un couple en plein ébat dans une rame de RER en journée… La génération Snaphchat nous a permis d’entrevoir tous les angles de cet ébat. La SNCF a d’ailleurs porté plainte pour exhibitionnisme, mais elle devrait surtout s’attaquer aux agressions sexuelles et la violence des vols à l’arraché que subissent les femmes. Comme je l’ai dit, la réputation du RER D n’étant plus à faire, il fait tristement l’objet d’agressions imaginaires. Souvenez-vous lorsqu’une femme a porté plainte pour une agression antisémite par six hommes dans le RER D. Bien plus tard cette affaire, portée par les médiats et les déclarations politiques, cette femme a été jugée pour « dénonciation de délit imaginaire », elle voulait juste attirer l’attention. Et, dans un registre plus laïque, le RER D est aussi un lieu de prêche :  terrain de prédilection des évangélistes, j’y ai le droit un jour sur deux soit dans le train soit à la Gare. À les écouter, j’ai vécu 15 retours de Jésus et 10 fins du monde, je suis un vrai warrior !

Je terminerai ses mots par une petite lettre :  “Cher-ère connard/connasse, ouais je passais deux heures par jour dans les transports pour bosser ça peut sembler relou, mais ça permet d’optimiser pas mal de choses et on ne s’ennuie quasiment jamais dans le RER. En bon flemmard, je préfère passer deux heures assis qu’une heure à cavaler d’une ligne à une autre tous les 4 arrêts. Parfois c’est moins cool, quand j’arrive avec 30 minutes de retard à une réunion ou à un exam et quand tu me dis « fallait prendre le train d’avant » j’ai juste envie de te foutre une balayette laser (big up Bonjour Tristesse) . Il est vrai que les odeurs un peu assassines des RER donnent un peu la gerbe, cette gerbe je la retrouve aussi sur la Ligne 14 quand tous les cols blancs sont arrosés de parfum et d’après rasage.

Quant à l’insécurité dans les transports, elle résulte plus de la politique de l’exploitant (RATP/SNCF) que des passagers qui l’empruntent. Les conducteurs de la ligne 12 évitent certains arrêts parce qu’il y a trop de camés et les seringues me font plus flipper qu’un prêcheur du matin.

Paris n’est plus seule ! Aujourd’hui, je travaille à trois arrêts de RER D ; la tendance s’inverse au profit des banlieusards avec à la fois une augmentation significative des bassins d’emploi en banlieue (Plaine Saint-Denis, Montreuil, Gennevilliers, etc.) et la mise en place du Métro du Grand Paris à l’horizon 2030 qui créera un réseau métropolitain. Tout comme Jon Snow tu vas toi aussi un jour t’aventurer au-delà du mur et côtoyer les sauvageons.

Les cols blancs de la Plaine Saint-Denis prenant le RER D
Les cols blancs de la Plaine Saint-Denis prenant le RER D, Sophiane, 2018

Je mets certes moins de temps que toi, mais surtout j’ai moins de temps pour lire ou écouter de la bonne musique . Je suis devenu le connard du bureau qui me fout de ta gueule car tu as mis trois plombes à venir alors que je mets à peine 25 minutes porte à porte. Je me paye le luxe, suite à plusieurs années de frustration, de dire à 9h30 au bureau : « Je me suis réveillé à 8h45 au lieu de 7h30 ».

Paris intra-muros n’est plus, c’est le Grand Paris ! La banlieue a son mot à dire et comme l’a dit Médine : “La banlieue influence Paname, Paname influence le monde”.

Cordialement,”

premier tunnelier du la Ligne 15 du GPE
Lancement du premier tunnelier du la Ligne 15 du GPE, Sophiane, 2018

Pour les intéressés :

La vitesse commerciale du métro parisien varie de 21km/h pour la ligne 4 à 40km/h pour la 14 alors que le T5 est à 20 km/h, le T4 à 24km/h, le RER A 45km/h dans Paris et un bus pourvu d’une voie dédiée à une vitesse de commerciale d’environ 20km/h. Toujours pas capté ? Le métro parisien c’est juste un tram en souterrain ! En comparaison avec le vrai transport de masse dans d’autres pays, les vitesses commerciales sont bien plus élevées, les distances inter arrêt aussi réduisant le nombre d’arrêts ainsi que la capacité des rames. Et le RER ? Un « super Mass Rapid Transit » comme me l’a dit un expert du transport, soit un super métro.

Le modèle A représenté le réseau de transport parisien aujourd’hui et la C représentera le réseau parisien après la mise en service des nouvelles lignes du Grand Paris Express.

Stargate SG1 une analogie de notre monde

Nous avons tous entendu parler au moins une fois de Stargate SG1 ! Les aventures de la fameuse équipe du Colonel Jack O’Neill, avec deux « l » (petit clin d’œil aux fans) avec : le Docteur Daniel Jackson déjà présent dans le film de Roland Emmerich (sorti en 1994, à son apogée à l’époque avec Independence Day);  le Capitaine, Major, puis Lieutenant-Colonel Samantha Carter (faut pas oublier Docteur en astrophysique) et son entrée « fracassante », dans la salle de briefing bondée de testostérone de beaufs de l’armée de l’air américaine; et enfin le dernier personnage, le mec le plus badass de la Terre ou devrais-je dire de la planète Chulak (les vrais comprendront), le fameux Teal’c, le seul noir de la bande pour respecter les quotas des minorités. En dehors de ces clichés, la série met en exergue les enjeux actuels et passé de notre propre planète via une analogie de la géopolitique spatiale, autrement dit la « spatiopolitique » ainsi que le complexe de l’homme blanc.

« Et le fait que mes organes de reproduction soient situés à l’intérieur de mon corps, ne veut pas dire que je vous suis inférieure mon Colonel »  Samantha Carter #balancetonporc Episode 1, Saison 1

La conquête des étoiles : exploration et spoliation

Dès les premières minutes de la série, nous comprenons très vite que les Goa’ulds ne sont pas les mecs les plus cool de l’espace. Leurs objectifs sont assez limités ! Des méchants se faisant passer pour les dieux de la mythologie terrienne prennent les humains depuis la Terre, berceau des humains de la galaxie selon la légende Jaffa, pour les réduire en esclavage sur de nombreuses planètes de la voie lactée afin d’extraire le fameux « Naquadah » – l’uranium de l’espace – base de leur technologie dans l’optique d’asseoir leur dominance par la force et la conquête. Scénario de base très manichéen, mais représente tout de même les six derniers siècles de notre Histoire ! Déjà pas besoin d’être perspicace pour faire le lien avec l’esclavage des noirs : population d’Afrique, berceau de l’humanité, transportée en Amérique pour en exploiter les ressources et conquérir ce nouveau continent. Bien qu’à cette période « ils n’avaient pas d’âme », dans des cas bien particuliers, des noirs sont entrés dans l’Histoire en atteignant des sommets tout comme Abraham Hannibal, un moment Général en Chef d’armée de l’empire russe, ou encore Yasuke, premier étranger à devenir samouraï.

Les Goa’ulds arrivèrent sur Terre à la recherche d’un nouvel itinéraire dans la galaxie après une période de déclin de leur espèce. L’Europe, durant le Moyen-Age, est également à l’agonie suite à la guerre de Cent Ans, la Reconquista et la peste noire, mais s’en remet à la fin du XVème siècle annonçant le début des explorations à l’arrivée de la Renaissance. Ce renouveau qu’il soit pour les Goa’ulds ou les Européens marque une course à la conquête de nouveaux territoires. C’est le principal point en commun de ces deux espèces : explorer et conquérir.

Puis vint la révolte des esclaves. Nombreux sont les peuples de la galaxie, dont la Terre, qui ont chassé leurs dieux en scellant la porte des Étoiles : c’est le début de la décolonisation. On peut se poser alors la question de la raison qui a amené les colonisateurs, malgré leur puissance technologique a laisser faire. Bah c’est simple : la quantité de Naquadah à extraire diminue au fil des siècles et cela ne vaut donc pas le coup de mettre en branle toute la puissance pour mater 10 sauvageons dans une contrée lointaine. En effet, ça coûte cher d’envoyer des vaisseaux à l’autre bout de la galaxie en temps de guerre, car les Goa’uld se font également la guerre pour quasiment les mêmes raisons qui nous ont conduits à la Première et Deuxième Guerre mondiale. Alors leur stratégie se limita à la mise en place de chef local voué à leur cause qui envoie le peu de Naquadah restant par la porte des Étoiles sous la menace d’une attaque.

Stargate Porte des Etoiles
Découverte de la porte des Étoiles à Gizeh en 1928. Stargate, 1994 MGM

Une guerre froide des étoiles et politique d’ingérence encore d’actualité

Mais les Goa’ulds ne sont pas si cons que ça. Déjà ils sont d’accord sur le fait de se taper dessus comme des chiffonniers, mais ils sont surtout d’accord pour détruire toute civilisation qui « rivaliserait ou qui empiéterait sur l’espace Goa’uld ». Autrement dit, seuls les Goa’ulds ont le droit d’avoir des technologies au détriment des autres races. Cette politique est menée par certaines nations de notre planète à travers l’affaiblissement de puissances émergentes « n’adhérant pas aux mêmes valeurs ». L’exemple le plus probant est l’accès à l’armement de destruction massif.

Les puissances ayant acquis l’arme atomique ont toujours cherché à empêcher d’autres nations à avoir accès à ces armes et sont souvent l’origine de grands conflits ou ont servi de prétexte pour les déclencher. Bien que ces armes n’ont été utilisées « qu’à deux reprises », il semble improbable, et ce même pour la Corée du Nord, qu’un pays les utilise en situation de conflit. Nous sommes tous d’accord pour dire que l’arme atomique sanctuarise un territoire et les conflits actuels se résument plutôt à une bagarre de cité à base de « touche-moi si t’es chaud » – en dehors des nouvelles cyberguerres ou économiques. La loi du plus fort ne fonctionne plus avec les armes conventionnelles ce qui limite l’ingérence étrangère.

Cependant les Goa’ulds, en dépit de leur aspect belliqueux, sont capables de négocier. Dans l’épisode « Diplomatie » de la Saison 3, les Asgards (les kainris de l’espace) proposent au Colonel O’Neill de négocier un traité de non-agression avec les Goa’ulds. Lorsque j’ai vu cet épisode, je me suis dit : « Oh bordel on est balaise sa mère ». Bref, le traité proposé, ou plutôt imposé, par les Goa’ulds, consistait en l’abandon complet du programme Porte des Étoiles ainsi que le développement de technologies extraterrestres par la Terre en contrepartie d’une non-agression. En gros la Terre est devenue l’Iran de l’espace. L’Iran, isolé depuis 1979, s’est vu proposer l’arrêt des sanctions économiques en échange de l’abandon de son programme nucléaire. Ce qui, a fortiori, empêche la sanctuarisation du territoire iranien tout en ouvrant un nouveau marché pour les entreprises occidentales. Les iraniens, cependant, s’en sortent bien mieux qu’on pourrait le croire puisque son économie limitée par un plafond de verre peut enfin se développer avec comme corollaire l’accroissement de son aire d’influence suite à la chute de Saddam Hussein, à la Guerre en Syrie et la puissance du Hezbollah (mais c’est un autre sujet).

Stargate Arrivée des Goa'uld
Arrivée des Goa’uld au SGC pour négocier un traité de paix, MGM

Les Nations Unies des Étoiles

Dès la première saison de Stargate, on voit rapidement qu’en plus des Goa’ulds, d’autres civilisations peuplent notre Galaxie et, tout comme la Terre, ont formé « l’Organisation des Nations Unies des Étoiles » (ONUE). Cette « Nations-Unies », composée uniquement des quatre plus grandes races de la Galaxie (on peut parler effectivement de race ici), malgré la vingtaine recensées dans la série, ressemble plutôt au Conseil de Sécurité de l’ONU, mais sans l’ONU. Dans un premier temps il paraît évident que les forts de la galaxie, ou ceux de notre planète n’en ont rien à foutre des autres, qui constituent tout de même la majorité. Dans un second temps, que ce soit pour les Nations Unies des Etoiles ou pour l’ONU on n’a jamais compris l’intérêt ni même le rôle des deux.

Dans Stargate SG1, l’ONUE est composée des Anciens, des Asgards, des Noxs et des Furlings. Les Anciens ont disparu (plutôt effectué l’Ascension) ; les Asgards ont, tout comme les Américains, joué le rôle de gendarme de la galaxie avant de disparaître lors d’un suicide collectif (merci Raël) ; les Noxs ne se battent jamais, se contentent simplement d’occulter leurs cités ; et les Furlings sont inconnus au bataillon. En bref elle n’a servi à rien, pas même face à l’avancée des Goa’ulds ! Quid de l’ONU ? Le droit de veto des membres du Conseil de Sécurité met à mal toutes les résolutions particulièrement lorsqu’elles touchent les intérêts ou les pré-carrés de ses membres ou proches alliés (je ne mentionne pas le nom pour éviter de me retrouver dans le même cas que Dieudonné). Quand bien même le veto est utilisé, cela n’empêche pas les États membres de faire cavalier seul : Guerre Irak 2003.

Stargate Colonel O'Neill
Colonel O’Neill visitant la salle de conseil des 4 grandes races de la Galaxie MGM

Libre arbitre VS complexe de l’Homme blanc

Il existe tout de même une divergence entre la série et notre monde sur le rapport aux autres civilisations. On a tous eu en philo le fameux cours sur les civilisations où se pose la question des critères permettant de juger l’avancement d’une civilisation. Quoi qu’il en soit, cette supériorité des races ou des États s’exprime particulièrement à travers la manière dont ils voient la galaxie ou le monde. Ce qui revient particulièrement dans Stargate SG1 c’est le fait que les races, aussi avancées soient-elles d’un point de vue technologique, ne donnent jamais accès à leurs technologies aux « races inférieures », « primitives » ou « jeunes ». Dans l’épisode « les réfugiés » de la saison 1, l’équipe SG1 rencontre un peuple, les Tollans, issu de la Terre dont la technologie est l’une des plus avancées de la série. Leur chef explique le refus de sa population de partager leur technologie suite à un évènement qui est à l’origine de la destruction de leur planète. Ils ont partagé leur technologie avec une planète habitée de leur système solaire, mais les nations qui l’a composent se font fait la guerre et ont détruit leur planète ; cela a eu des répercussion sur leur propre planète.

Ce refus de partager la technologie avec la Terre, bien qu’il soit purement scénaristique – dans le cas contraire, la Terre aurait été protégée en trois épisodes – , trouve son fondement dans l’Histoire de la Galaxie. Les Asgards ont protégé les populations humaines dans la galaxie tout évitant d’interférer dans leurs croyances divines afin d’éviter de brusquer ou de perturber leur « développement naturel ». Quant aux anciens, dont les pouvoirs leur permettent d’annihiler toute la galaxie en une fraction de seconde, s’interdisent toute interaction avec les humains et prônent le libre arbitre. C’est là qu’est la différence avec notre monde !!

Durant notre histoire, chacune des conquêtes et colonisations s’est soldée par l’assimilation de la population par le conquérant avec des conséquences désastreuses pour les populations victimes. Cela s’illustre par le découpage des pays colonisés où plusieurs ethnies se retrouvent abandonnées du jour au lendemain dans un état pour lequel aucune d’entre elles ne s’y retrouve réellement. Le jeu d’acteur de ces ethnies ainsi qu’une ingérence des anciennes puissances colonisatrices ont imposé un modèle de gestion et de gouvernance du pays incompatible avec la culture locale. Il ne faut pas oublier que les démocraties occidentales sont nées après un long processus qui a marqué leur Histoire (cela ne concerne pas tous les pays). Ainsi, c’est tout un contexte local après une longue période d’instabilité que la France est arrivée à la Vème République, la plus stable et la plus longue de son histoire alors que les « démocraties » d’Afrique sont pour la plupart soit instables, avec des guerres civiles ou luttes armées, soit gouvernées d’une main de fer ; sans compter l’ingérence étrangère pour profiter des ressources.

Dans Stargate les Goa’ulds, en plus de la conquête des planètes imposent le culte de personnalité pour s’imposer dans les esprits de leurs nouvelles populations. Le Goa’uld Râ a interdit l’écriture pour ses populations de peur qu’elles développent une pensée critique et par conséquent une émancipation idéologique qui serait à l’origine d’une révolete. Aujourd’hui, c’est une conquête des esprits qui s’opère à travers le soft power des nations d’une manière culturelle, économique et/ou idéologique. J’ai particulièrement été sidéré par l’accueil de Barack Obama par les Vietnamiens lors de sa visite à Hanoï en 2016. J’ai pourtant questionné les Vietnamiens à propos de l’horreur et de l’absurdité de la guerre menée par leurs grands-parents contre les yankees bah… ils s’en battaient les reins ; pour les vietnamiens, les États-Unis sont l’image de modernité et de réussite et ils semblent avoir oublié les bombardements massifs au napalm et les cascades d’agent orange qui aujourd’hui pollue leur nourriture. La seule chose qu’on retient c’est que Barack mange un Bo Bun l’air de rien à Hanoï : softpower.

Obama
Obama dégustant, l’air de rien, un bo bun dans le vieux quartier de Hanoï

En bref Stargate SG1 est la série qui nous donne une leçon sur notre histoire et comment notre planète bleue est arrivée là. Les nombreuses analogies avec cet univers montrent bien dans quelle mesure l’histoire de la série est semblable à la nôtre et qu’on devrait s’en inspirer : principe de libre arbitre donné aux populations les « moins avancées » tout en évitant d’interférer dans leur philosophie et culture.

Ce qui est certain, c’est que l’idéologie occidentale s’est imposée aux autres à tel point qu’on l’oublie, tout comme Sarkozy lors de sa visite à Dakar où il a dit que « l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’Histoire », l’Histoire des autres. En fait il faut juste laisser les populations évoluer selon leur propre chemin et non s’offusquer de leurs pratiques parce qu’elles sont différentes. L’Arabie Saoudite vient de donner l’autorisation aux femmes de conduire et a autorisé les l’implantation de cinémas dans leur pays après des décennies d’interdiction. L’évolution des sociétés est lente et surtout endogène.