Que dit le fichage ethnique du PSG sur le foot et la France ?

Il y a deux semaines Mediapart révélait à travers leur enquête sur les Football Leaks que le PSG pratiquait un fichage ethnique lors du recrutement hors Ile-de-France (et en IDF aussi) des joueurs pour son centre de formation. Pour ma part je fus à la fois étonné mais pas surpris quand a surgit cette nouvelle affaire de discrimination dans le foot, je vous explique pourquoi.

Le foot et les questions raciales.

Si on ne prend que les 10 dernières années, on a eu successivement et rien qu’en France, d’abord en 2011 l’affaire dit des quotas en équipe de France. Impliquant notamment des cadres de la FFF ainsi que Laurent Blanc, champion du monde 1998 et sélectionneur de l’EDF à l’époque des faits, c’était déjà Mediapart qui relevait cette affaire, d’abord démenti dans un premier temps avant que le verbatim d’une réunion ne surgisse. Puis en 2014 les propos de Willy Sagnol, ancien international et entraineur des girondins de Bordeaux à ce moment, sur « les joueurs typiques africains ». Ces deux affaires ont été suivi de exactement… Aucune sanction, ni même de conséquence immédiate sur la carrière des personnes impliquées, vaguement quelques excuses du bout des lèvres et pire dans le cas des quotas le lanceur d’alerte a été laché par la fédération.
Alors quand je vous dis que je n’ai pas assez surpris c’est un euphémisme. On parle de discriminations sur des critères raciales, sans même parler du fait que cela soit choquant et de l’énorme injustice que cela représente pour les jeunes joueurs laissés de côté à cause de cette politique, les risques encourus à la fois juridiques, économiques et pour la réputation du club sont énormes. C’est finalement le peu de précaution pris par le PSG qui m’a le plus marqué. Comme l’a montré les affaires des quotas de la FFF et Sagnol, la discrimination touchant les minorités est un sujet qui mobilise assez peu que ce soit les intellectuels, les politiques en dehors des périodes électorales et le grand public. On a eu quelques timides indignations par-ci, des condamnations sans conviction par-là puis les affaires se sont tassées. Pourquoi le PSG s’emmerderait à mettre un système complexe de discrimination pour couvrir ses arrières alors que si ça se sait au mieux on aura une polémique digne d’une tempête dans un verre d’eau ? C’est la première conclusion à laquelle j’en suis venu.

La seconde est que finalement cette pratique est tellement répondue dans le football aujourd’hui que pour ceux qui l’ont mise en place c’était une chose tout à fait normale. Je n’ai pas eu à attendre longtemps avant que ma théorie soit validée notamment par ceux qui ont voulu venir à la rescousse du PSG. Pour Pierre Menes et Daniel Riolo, l’article de Mediapart qui « s’acharne » sur leur club de cœur, est avant tout le fruit de moldus méconnaissant le football professionnel.
Eux le savait déjà, tout le monde le fait, il n’y a pas d’affaire, circulez il n’y a rien à voir. Drôle de défense, et moi qui pensait qu’on parlait d’un sujet assez sérieux pour dépasser nos logiques partisanes de supporters de tel ou tel club ou nos intérêts personnels, trop naïf. La meilleure réponse leur est apporté ici par Michael Hajdenberg journaliste chez Médiapart. Cependant grâce à leurs interventions nous voilà fixé, la discrimination sur des critères raciales n’est pas l’apanage du PSG. On a d’un côté les campagnes de lutte contre le racisme des institutions du football et de l’autre les clubs ayant des politiques de recrutement raciste plus ou moins assumés, on nage totalement dans l’hypocrisie.

La France et les questions raciales.

Au premier abord on peut se demander pour quelles raisons un club qui cherche à être compétitif et former les meilleurs joueurs se priveraient de certains sur des critères extra sportives et par la même occasion s’handicape, ça n’a absolument aucun sens. Mais si on s’intéresse aux arguments avancés dans l’enquête de Mediapart, le PSG souhaite recruter des profils différents de la région parisienne où il y aurait trop de joueurs « africains et antillais ». Des joueurs considérés comme « grands costauds et puissants » inversement aux joueurs blancs plus technique et doté d’une « intelligence de jeu » là tu te dis c’est sérieux ? En 2018 ? Oui mais c’était déjà le cas en 2011 et 2014 dans la bouche de Blanc et Sagnol. Le second argument avancé est qu’avoir une équipe constituée de trop de « blacks » et de « gris » pouvait poser des problèmes de discipline sous-entendu qu’il faut injecter quelques blancs pour civiliser tout cela, en tout cas c’est comme cela que je l’ai compris.

Au moins au ballet de l’opéra de Paris le manque de diversité ne dérange pas.

Pour analyser tout cela je pense qu’il faut sortir du strict cadre du football et regarder la société dans laquelle cela s’inscrit. Le premier argument avancé sur le profil des joueurs noirs est un héritage direct des théories racistes sur laquelle se sont appuyées la traite atlantique puis la colonisation des pays africains. Le noir est considéré comme puissant physiquement, apte aux taches physiques mais doté d’une intelligence au mieux enfantine, c’est peu ou prou encore la vision encore dominante dans le football professionnel. Contre toute logique et des milliers de contre-exemple. Tellement ridicule que le profil de Yann Gboho, le joueur par qui le scandale est arrivé n’entre même pas dans ce cliché. Encore une fois rien d’étonnant comment un pays qui refuse tout débat sur ce passé, son héritage esclavagiste et colonial peut espérer dépasser cette pensée ? On n’en parle pas, ça n’existe pas, on continue la stratégie de l’autruche.

Le second argument, tout aussi pernicieux, est pour moi celui qui en dit le plus sur la France d’aujourd’hui. C’est quelque chose qu’on a tellement intériorisé depuis le plus jeune âge qu’on n’y prête même plus attention. Que ce soit la manière dont on est fiché, surveillé lors des sorties scolaires, les vigiles qui nous suivent dans les magasins, plus tard en grandissant les nombreux contrôles d’identité au faciès subis à l’adolescence et en tant qu’adulte ou encore comment toute tentative d’organisation au sein des différentes communautés qui s’estiment discriminées est aujourd’hui diabolisée comme ça été le cas avec les polémiques sur le camp d’été décoloniale, l’association Lallab ou le CICF . La présence des personnes racisées dans l’espace publique est perçue comme une menace qui est presque criminalisée dans le pays qui se targue d’être celui des droits de l’homme.

En dehors du football les cas de discriminations sur des critères raciaux, ethniques ou religieux sont assez courantes que ce soit à l’embauche, dans la recherche de logementsmême sociaux, à l’entrée des boites, au restaurantPrésent absolument partout  etcette liste est non exhaustive car je pourrais continuer des pages comme ça mais à quoi bon ? officiellement on ne voit pas les couleurs, le racisme systémique n’est qu’une vue de l’esprit, tout va bien au royaume France.

Cousin chelou : un talentueux dans le côté obscur

Quand tu grandis en banlieue, tu grandis au milieu de multiples personnalités et certaines vont te marquer plus que les autres. Parmi ce panel très large, on va dans cet article s’attarder sur un personnage en particulier : Le cousin chelou. On va essayer de brosser son portrait et toute ressemblance avec un personnage existant n’est pas du tout fortuite…

Tout commence pendant l’enfance, ton cousin chelou et toi, vous vous voyez les weekends. Il habite dans une cité, dès que ton père se gare tu sais que tu vas kiffer parce qu’avec ce cousin tu t’éclates toujours. Dès que t’arrives chez lui, vous parlez de foot, de dragon Ball Z et vous descendez rapidement pour « jouer dehors ». Une fois dehors tu te rends compte que ton cousin est une star dans sa cité, il connaît tout le monde, même les grands le « checkent ». Quand tu tires un peu trop fort la balle, les grands de la cité te la renvoie, sourires aux lèvres. Ils demandent parfois à ton cousin d’aller leurs prendre des canettes chez le rebeu du coin, avec le reste de la monnaie vous vous achetez des bonbons, ça vous fait une promenade.

Quelques années plusieurs tard, ton cousin est déjà en bas en train de discuter avec ses potes quand t’arrives avec tes parents. Tu passes avec tes parents devant eux mais pour lui parler faut que d’abord t’ailles claquer la bise à ton oncle et à ta tante.
Une fois revenu en bas, tu parles avec ton cousin et ses potes. Rapidement les discussions de foot dérivent sur des discussions de guerres de cité et leur géopolitique, que tu découvres. Ces cités portent toujours des noms qui, au premier abord, ne te permettent pas d’imaginer qu’il puisse y avoir des « chauds » (terme pour évoquer un baron local). La cité des Rosiers contre les gars des Doucettes, sous ces noms poétiques se cachent de farouches bagarres entre « chauds ». Mais tu sais que c’est sérieux quand ils commencent à parler de « grands » dont certains sortent des « tarpés » ou des « schlass » pour régler leurs affaires. Fini le temps de DBZ et du foot, ton cousin chelou veut maintenant faire la guerre.

Les années avancent, vous êtes au collège et ce sont les grandes vacances. Avec ton cousin vous faites les 400 coups ensemble au bled. Quand tu parles avec lui t’es largué, il est obsédé par le banditisme, il sort que des références de gangsters, parle de sa cité avec des histoires de fous qui impliquent des gars tombés pour des histoires de drogues et d’autres qui font des « go-fast ». Bon, tu connais déjà tous ces types d’histoires mais ton cousin est fasciné et te bassine avec. Ces vacances représentent aussi les premières discussions sur les meufs, il a du succès auprès d’elles, et son dernier dégradé et son look de Kaïra font un malheur selon ses dires. Mais ton cousin n’a pas le temps pour le love, donc il revient rapidement sur ces histoires de cité.

Les années passent, t’es au lycée, les embrouilles de darons ont refroidi les relations inter-familiales donc , tu ne le revois que rarement lors des mariages. Tu as des nouvelles lointaines le concernant, il aurait déjà fait de la GAV pour des vols de jeux dans un magasin et parce qu’il s’est tapé avec des gars d’autres cités. Quand tu le vois aux mariages, le gars est toujours aussi sympa, porte toujours un costume classe et a toujours la coupe qui tue. Quand vous voulez parler, il te dit souvent « restes sérieux cousin ! » ou « toi au moins t’es une tête ». Car il s’est assagi, du moins comprend la portée de ce qu’il fait, et a subi toutes les comparaisons que sa mère peut faire en te prenant comme exemple. Toi ? Un exemple ? Ça te fait rire, lui moins, il n’a pas de rancœur mais ça le fait chier. Puis tu lui expliques que toi aussi tu essaies de vivre ta vie en étant un peu rebelle mais lui te parle de vente de barrettes, niveau rébellion tu sais que t’as totalement perdu. Cousin chelou te fascine dans sa désinvolture, il vit sa vie pour kiffer avec ses potes de sa cité. Il va se mettre à bicrave parce qu’il veut se payer les dernières paires de requin et le survêt Nike qui déchirent.

La période lycée passé, t’es à la fac et là tu ne le vois plus du tout. Tu as des nouvelles par le biais de ta mère. Il a pris une peine de prison pour vente de stup. Il est sorti il y a quelque temps. Tes parents reparlent avec les siens. Ils ont perdu leur boulot à la suite d’un accident de travail et sont indemnisés une misère. Ton cousin continue de s’enfoncer dans le banditisme.

Une fois tu le croises à la chicha, vous vous parlez comme-ci vous aviez continué de vous voir. Il a bien changé, ce n’est plus du tout le cousin que tu connaissais. Avec sa veste en cuir à 1000 balles et des paires à 500, tu vois tout de suite que lui ne tourne pas à la bourse. Il est avec sa meuf, tout t’indique que pour elle c’est lui l’homme de sa vie, mais pour lui, elle a autant de longévité que le charbon qui brûle sur la tête de la chicha. Votre discussion t’amène vers plein d’horizons, il a renoué avec le foot, il regarde plein de matchs et connaît le jeu du bout des doigts. D’ailleurs il aime parier dessus et n’hésite jamais à te parler de ses gains réels ou fictifs ; personne n’est dupe, tu sais que c’est aussi comme ça qu’il blanchit en partie son argent.

Puis la discussion bifurque sur les films, il en a vu plein, beaucoup de films de gangsters. Il en connait un rayon sur ces films, en puriste il préfère les originaux chinois dont les films hollywoodiens ne sont que des remakes. C’est aussi un mordu de séries et il aime particulièrement The Wire. Stringer Bell, qu’il a en photo de profil sur Facebook, le fascine. Pourquoi ? Il a mis en place un cartel qui permet de réguler la distribution de dope dans les hoods, en ayant des fournisseurs « référencés » qui distribuent la même dope, que tout le monde revend dans sa zone et en pratiquant des prix régulés. En gros ton cousin vient de t’expliquer le concept de cartel que tu viens de faire en microéconomie a la fac.
Tu évoques le sujet, sans trop être insistant, de son passage en prison, et là le gars t’épate. Il a un niveau de connaissance du système juridique avec un niveau de technicité digne de tes potes qui poursuivent des études de droit.

Vous vous serez la main, tu dis au revoir à sa copine, en constatant que ton cousin s’apprête à changer de charbon. Tu sors de là et tu te poses des questions sur l’avenir de ton cousin. Tout porte à croire qu’il va reprendre la vente de produits illicites. Et dans un sens ça te laisse un sentiment de gâchis, le gars a l’air tellement futé. Il serait probablement à l’aise dans n’importe quelle fac de France. Sa place serait dans un amphithéâtre et non dans la rue. Mais son choix de vie est trop éloigné du tien, lui vit dans un court-termisme absolu et c’est parfaitement assumé. Toi tu veux réussir sur le long terme.

Mais t’as aussi vu The Wire et toi aussi tu te dis que Stringer Bell aurait pu réussir dans n’importe quel business et ton cousin c’est pareil. Cet article est dédié à tous nos cousins chelous. Les gars, ne gâchez pas vos talents car comme l’a dit un jour l’un des plus grands gangsters de l’Histoire Américaine, Meyer Lansky, « Si c’était à refaire je referais tout légalement ». Parce qu’il était si doué, que certains disent qu’il aurait pu diriger Général Motors, toi aussi cousin chelou t’as ce potentiel, ne le gâche pas.

Un travail ? Oui, mais à la carte !

Souvent, quand on rencontre une personne ou que quelqu’un se présente, les premières questions portent sur le prénom et le « tu fais quoi dans la vie ? ». Nous vivons dans une société où les individus vont souvent vivre leur vie en fonction du regard des autres, par recherche de respect et de la validation d’autrui.

Peu importe d’où tu viens, le travail est une conséquence directe de l’instruction scolaire et l’éducation qui t’est octroyée par tes parents. Donc tu grandis, tu vas à l’école, au collège puis au lycée professionnel ou général, pour éventuellement faire des études supérieures qui te donnent accès à cette vaste matrice qu’est le monde du travail. Car comme dans Matrix, nous sommes des piles qui alimentent ce formidable système capitaliste dans lequel on vit et on cherche encore un élu pour nous en sortir.

Le travail, on le voit, est une composante essentielle de notre société et un créateur de valeur pour l’économie. Rapportons ça à l’individu. A notre époque, comment doit évoluer le rapport au travail du homo-oeconomicus hyper connecté ?

Le triumvirat études-travail-famille

Le régime de Vichy, avait pour devise « Travail-Famille-Patrie », des vertus louables – malgré des politiques néfastes – qui étaient censées cimenter la société rêvée de ce régime. Le capitalisme et la période faste des Trente Glorieuses a laissé pour héritage un autre triumvirat : « études-travail-famille ».
Ce credo essentiel pour que tous citoyens de la Vème République puisse trouver sa place dans notre belle société.

L’idée est simple, réussir sur ces trois plans te filera l’approbation d’autrui avec beaucoup plus de chance de réussir que de devenir millionnaire au loto ou d’avoir le talent de notre Kylian Mbappe national. On te rentre dans la tête qu’il faut que tu étudies, que tu te trouves un travail décent plutôt bien payé et que tu fondes une famille.

Ce qui est intéressant à observer, c’est que ces critères de réussite sont partagés quelle que soit ton origine, que tu aies des origines ou pas, peu importe d’où tu viens et ta culture, ces valeurs sont toujours présentes.
Le travail est le pivot de ces trois éléments et il a fait l’objet de nombreuses théories et l’une des plus intéressantes est celle exposée par le psychologue Abraham Maslow et sa fameuse Pyramide. Pour résumer l’idée, la relation d’un individu au travail va progresser du niveau 1, c’est-à-dire « je travaille pour subvenir à mes besoins physiologiques primaires » jusqu’au niveau 5 qui est « besoin d’auto réalisation ». C’est le niveau ultime qui te permet de te lever tous les matins avec une envie pressante d’aller au boulot parce que tu t’y éclates.

       Encore mieux que Kheops, la pyramide de Maslow

Autre schématisation possible : Le paradigme DBZLe niveau normal tu subviens à tes besoins, le niveau 5 SSJ3 t’es épanoui

 

Atteindre le stade 5 dans la pyramide de Maslow, ou le niveau SSJ3 du paradigme DBZ n’est pas l’apanage de tout individu. En effet, la plupart des personnes vont se contenter des deux premiers stades, qui peuvent être couverts par le cash généré par l’activité professionnelle.
Le travail devient alors juste un moyen de gagner de l’argent comme le résumait parfaitement Kery James.

Et pour sortir avec des potes tu dois agir de façon pas très clean,
Arrêtons de lère-ga,
On tourne souvent autour de toi,
Mais ici rien n’est tui-gra,
Et ton pouvoir d’achat est si bas,
Que t’empruntes et t’endettes chez certains enfoirés,

Bosser oui ? Mais à quel prix ?

Donc que ce soit pour payer les traites pour ton mariage, une maison avec un loyer ou encore le crédit-bail pour le dernier BMW Serie 1, il faut uniquement travailler sans oublier de coffrer pour la retraite, seul moment de la vie où la société (en France particulièrement) te donne les moyens d’arrêter de travailler.
D’ici là, faut donner son temps pour gagner de l’argent. Passer à minima huit heures au boulot, plus de deux heures de préparation et de transports, sur une journée où l’on dort à peine sept heures en moyenne et il en reste donc six pour pouvoir vaquer à d’autres occupations. Donc, six heures qu’il faut répartir entre le temps à consacrer à la famille, aux potes, aux enfants et à soi.

Le seul moyen de ne pas se sentir floué par cette dure réalité c’est d’avoir un travail intéressant, qui te ferait passer au niveau 5 de la pyramide de Maslow soit le niveau SSJ3 de DBZ.

Tu le sens mon épanouissement ??

Ce stade-là qu’on peut synthétiser par :

“ Le besoin de s’accomplir est, selon Maslow, le sommet des aspirations humaines. Il vise à sortir d’une condition purement matérielle pour atteindre l’épanouissement. Nous le considérons donc comme antagoniste aux besoins physiologiques.”

Le choix d’un métier est conditionné par plusieurs paramètres et parfois il arrive qu’ils soient extérieurs à l’individu. En fonction de l’environnement social dans lequel on grandit, les perspectives de métiers diffèrent. Entre un jeune de 18 ans qui a son BAC à Stains et un jeune qui a son BAC à Boulogne-Billancourt les options de poursuites d’études ne sont pas les mêmes.
Le jeune de Stains a grandi dans un milieu où les parents sont de la classe ouvrière. Ce jeune va choisir une voie convenue, qui sera relative aux niveaux d’informations qui lui sera octroyé. Selon l’étude menée par l’association Alter’Actions pour le Ministère de la Jeunesse et des Sports, il y a deux types de réseaux d’informations.

Le réseau formel (CIO, Internet, salons de l’étudiant etc..) et les réseaux informels représentés par le réseau social. Les réseaux informels jouent un rôle important dans l’orientation de l’étudiant et l’entourage d’un individu ayant grandit dans un milieu ouvrier sera moins utile pour sa carrière s’il vise des postes de cadres.
Une fois ses études terminées, il va quitter le milieu populaire dont il vient pour s’emprisonner dans la prison dorée des cadres d’entreprises. Au classement non officiel des métiers qui lui seront « imposés », nous avons ingénieur, docteur, avocat, comptable. Des métiers connus de tous, également de la classe ouvrière. Autant de métiers à épanouissement variable, mais dont l’octroi de confort est certifié. L’épanouissement devient un choix de luxe, le devoir de prendre l’ascenseur social, quitte à le monter en rappel avec les bras de Bob l’éponge, prévalent sur toutes les autres considérations.

Le jeune de « Boulbi », dont les parents sont cadres, et donc relativement aisés, vont lui donner le choix de s’épanouir dans un métier qui ne lui offrira pas nécessairement le confort financier. En effet, ils peuvent l’informer sur tous les autres métiers qui s’offrent à lui et mettre à disposition leurs réseaux pour qu’il puisse trouver son bonheur. Le jeune voisin de Booba peut ainsi faire des études pour devenir journaliste, sociologue, historien, prof, faire du marketing dans une maison de disque, chef de produit dans une maison d’édition… autant de métiers nécessitant un réseaux, car les places sont rares !
Cette rareté, avec la loi de l’offre et la demande, tire vers le bas les salaires, mais les parents sont là pour se porter cautions pour son appart dans le 18ème ou encore aider à l’acquisition d’un bien.

Le travail devient alors aussi un aspect majeur de l’ascension social, et cette ascension est permise pour certains par le sacrifice de la recherche d’épanouissement, on reste aux trois premiers stades de la pyramide et on avance.

Génération à options

Notre génération, grâce aux nouvelles technologies, vit dans une société où il y n’y a que des options. Avec Amazon, Tinder, Spotify, Netflix et Cie, tu n’as que des options sur ce que tu peux acheter, courtiser, écouter ou regarder. C’est une vie à la carte !
Cette multiplicité de choix s’applique aussi dans le cadre de la relation au travail avec des sites comme Linkedin qui te connectent vers un monde quasi infini d’offres d’emplois qui pourraient aboutir à un contrat de travail – à nuancer bien sûr en fonction des domaines qui pour certains, comme l’informatique, sont en expansion.

Dans cette société à options, on pourrait suivre les théories de Herbert Simon, économiste, sociologue et psychologue (il pourrait être un Avenger). Celui-ci a théorisé les principes de rationalité de l’individu notamment dans la prise de décision et dans l’une de ses théories il classe les individus en deux catégories : les Maximizers et les Satisficers.

Les Satisficers sont ceux qui arrivent à se contenter de leurs situations suite à leurs prises de décisions dans la vie. Les Satisficers pourraient donc occuper un poste qui leur offrira probablement les trois premiers stades de la pyramide de Maslow et s’en contenter.
Les Maximizers de leur côté prennent plus de temps à prendre une décision. Ils sont en effet à la recherche d’un maximum de bénéfices. Le maximizer prend tous les éléments possibles en considération pour prendre une décision et se retrouve souvent dans une situation où cette dernière ne le satisfait pas complètement. On peut appeler ça « les remords du décideur », une fois la décision prise il rêve d’une autre situation qui lui parait avantageuse.

Ainsi l’individu qui se voyait avoir un travail de cadre ou technicien pépère, qui a fait des études et qui maintenant se voit ébéniste, mangaka, stand-upper, podcasteur ou même youtubeur (Toute ressemblance avec un Kameleon n’est pas du tout fortuite) est un pur Maximizer.
Dans les faits, il y a une conscience que dans l’entreprise tu es juste un maillon qu’on te vend comme étant essentiel, mais dont tu sais pertinemment que le jour où tu veux mettre les voiles, une horde de nouveaux candidats qui seront au moins aussi bons que toi et qui ont des meilleures photos sur Linkedin, seront à portée des mains des recruteurs.

Le livre « La révolte des premiers de la classe » de Jean-Laurent Cassely met la lumière sur toutes ces personnes qui décident de quitter leur job glané suite à de brillantes études pour se tourner vers des métiers plus « concrets ». Ces métiers sont pour l’écrasante majorité issue de  l’artisanat et aujourd’hui, un quart de la reprise d’activité artisanale est faite par des personnes ayant fait des études supérieures.

Néanmoins, il faut se rendre compte que, dans toutes ces réflexions, l’élément central reste le nerf de la guerre : le cash flouz monnaie.
Sinon , qu’est-ce qui empêcherait un juriste, de devenir boulanger, avec la formation adéquate pendant quelques années, pour finir écrivain et raconter sa super vie ? L’argent, parce que passer de juriste à boulanger impliquerait une perte de salaire conséquente. Putain de système capitaliste !

Donc travail avec options

Les maximizers les plus extrêmes se posent des questions de carrières en envisageant justement une absence de carrière.
Une vie d’oisiveté, comme celle théorisée par des écrivains tel que Bertrand Russel dans son ouvrage « Éloge de l’oisiveté ». Il véhicule l’idée que l’homme n’est pas fait pour travailler ou sinon quatre heures par jour. D’où toutes les théories sur le revenu universel qui émergent, sans parler du frugalisme qui est un sujet à part entière, alimentées par  la montée en pluissance de l’intelligence artificielle (IA) dans nos vies.

La destruction de métiers par l’évolution des IA est aujourd’hui défendue par beaucoup de chercheurs, mais est encore vue comme hypothétique pour le plus grand nombre. Le revenu universel pour certains peut aussi être octroyé pour compenser une perte financière générée par une réduction du temps de travail, pour que l’individu puisse se consacrer à autre chose. Ainsi notre juriste, pourrait en fonction de son désir, travailler moins pour se former pour ensuite exercer son métier de boulanger en ayant un impact financier limité voire inexistant. Ou il pourrait simplement s’initier à l’art ou au sport. On serait donc dans une relation avec le travail qui évolue pour qu’on puisse s’adapter à ce nouveau monde bourré d’options.

En conclusion, dans un monde idéal, un ou une Neo nous sortirait de cette matrice qu’est le monde capitaliste, nous proposerait un marché du travail moins rigide, où un satisficer pourrait continuer à vivre selon ces décisions sans trop de questionnements et un Maximizers pourrait satisfaire son désir de poursuivre l’épanouissement.
Une société idéale où la citation de Confucius « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » prendrait tout son sens.

En attendant cet élu, les Satisficers continuez à kiffer et vous les Maximizers continuez à rêver et si il doit y en avoir un qui prend la pilule rouge fais le vite ! Je deviendrai alors un youtubeur à plein temps !

Sources et pour te cultiver un peu :
https://www.psychologistworld.com/cognitive/maximizers-satisficers-decision-making
https://www.babelio.com/livres/Russell-loge-de-loisivete/2746
http://www.jeunes.gouv.fr/actualites/actualites-interministerielles/article/l-acces-a-l-information-et-l
https://www.babelio.com/livres/Cassely-La-revolte-des-premiers-de-la-classe/946397

 

Islamist is the new communist ? – Octobre à décembre 2017 – Partie 1

Je sais, vous vous demandez ce que le communisme a à voir avec l’Islam sachant l’aversion du premier pour toutes formes de religion, souvent persécutées sous les différents régimes communistes qui ont fleuri pendant la seconde moitié du 20ème siècle.
Ce n’est pas dans la forme ou le fond qu’il faut faire le rapprochement, plutôt comment aujourd’hui en France le terme islamiste est utilisé dans le débat public pour discréditer toute personne ou groupe dont les opinions sur l’Islam vont à l’encontre de celles de l’élite politique et médiatique. On assiste alors aujourd’hui à une sorte de fantasme autour d’un « péril vert » nourri par une islamophobie ambiante comme pendant le maccarthysme le sentiment anti-communisme nourrissait une « peur rouge » délirante.

Poster anti-communiste

Le Macquoi ?!

Pour tous ceux qui se sont endormis pendant les cours sur la Guerre Froide en Terminal en espérant avoir les cartes de géo comme sujet principal au Bac et qui ont aussi la flemme de chercher sur Wikipédia. Le maccarthysme du nom du sénateur américain Joseph McCarthy est une période de l’Histoire américaine caractérisée par la paranoïa vis-à-vis du communisme qui a entraîné une chasse aux sorcières au sein de l’administration, parmi les scientifiques, acteurs et même de simples civils soupçonnés d’être des agents communistes du fait de… Souvent rien si ce n’est que d’avoir des idées considérées trop à gauche ou juste de la pure calomnie.

« Oui mais je ne vois toujours pas le rapport avec la France d’aujourd’hui ? ». C’est simple dans les années 50 il suffisait d’accuser de communiste, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la vie sociale, la réputation, l’emploi, voire déclencher une enquête du FBI pour discréditer une personne. Tout cela sans avoir à apporter la moindre preuve.
Aujourd’hui, en France, sans que ce soit encore aussi dramatique, le mécanisme est le même. Il suffit d’accuser d’islamiste, d’islamo-gauchiste, d’idiot utile de l’islamisme  et autres qualificatifs pour discréditer toute personne ou groupe qui ne participerait pas joyeusement à l’islamophobie ambiante avec, en corollaire, une vague de harcèlement sur les réseaux sociaux.

Retour sur une année de médiocrités

Je me souviens d’avoir commencé à écrire cet article en fin d’année 2017 suite à un enchaînement de polémiques sur un rythme un peu plus soutenu que d’habitude. Je n’ai jamais pu le finir, un peu par flemme, mais surtout parce que tenir la comptabilité du racisme ordinaire en France est un travail fastidieux et sans fin à un point où j’ai dû coupé mon article en plusieurs parties ; ici nous aborderons les cas du mois d’octobre à décembre 2017.

Le point de départ est le #MeToo movement qui fait suite aux accusations de harcèlement sexuel par Harvey Einstein ainsi qu’à la multiplication de témoignages à la fois d’anonymes et de personnalités qui s’en est suivi. Devant l’ampleur que prend le phénomène, comme l’explique le Professeur de Philosophie Thomas Schauder, cela relève d’un fait social et non pas seulement du comportement de quelques individus.
Le débat était donc devenu inévitable, comme en France on ne fait rien comme ailleurs, et au lieu d’avoir lieu sur le fond, il s’est dans un premier temps déplacé sur la forme. Certains rappelant à juste titre la présomption d’innocence, pendant que d’autres dénonçaient un climat de délation et osaient des comparaisons douteuses avec la dénonciation des Juifs pendant l’occupation allemande. On s’est vite retrouvé dans une situation hallucinante où les victimes sont devenues les mises en cause.
Seconde conséquence assez inattendue, depuis quelques années une certaine élite médiatique et politique nous a expliqué que les questions liées au sexisme, aux harcèlements et autres violences subies par les femmes ne survivaient que dans les banlieues et les quartiers difficiles et sont donc le fait d’une population immigrée et de leurs enfants. La conséquence était l’islamisation rampante de ces quartiers et que le voile en est le symbole politique le plus fort qu’il faut absolument combattre. Ce que monsieur Finkielkraut va dire sans détour et aussi dans une indifférence presque totale : #BalanceTonPorc ne serait qu’une excuse pour « noyer le poisson de l’islam ».

Une charlie Hebdo 1er Novembre
Une  de Charlie Hebdo du 1er Novembre 2017

Autant dire que certains se sont réveillés avec la gueule de bois, surtout que leurs amis étaient directement visés par ces accusations. Il fallait donc réagir et c’est dans ce contexte qu’est arrivé l’affaire Tariq Ramadan, autant dire une bouée de sauvetage inespérée. A la poubelle la présomption d’innocence, Charlie Hebdo dégaine, Caroline Fourest enfonce en faisant le tour des plateaux. Surtout comme le sait tout un chacun, les musulmans en France ont signé un bail solidaire faisant d’eux co-responsables des actes de chacun de leurs 1,6 milliard de coreligionnaires ; ici, les faits avérés ou non, reprochés à Tariq Ramadan. On peut à nouveau faire le lien entre violences faites aux femmes, immigration, Islam.
Par un retournement de situation encore plus rocambolesque, le Directeur de Médiapart, Edwy Plenel, grâce encore à une autre une de Charlie Hebdo, s’est retrouvé au banc des accusés. Son tort ? Avoir participé à des conférences communes avec Tariq Ramadan, dit publiquement avoir de l’estime et du respect pour l’intellectuel. En réalité, on sait que la volonté derrière est de faire payer à Mediapart sa ligne, un pureplayer totalement indépendant souvent accusé «d’être des islamo-gauchistes ou idiots utiles de l’islamisme». Vous savez déjà ce que cela veut dire. S’en suit un échange violent entre les rédactions de Mediapart et ceux de Charlie Hebdo ainsi que de leurs soutiens respectifs dont une sortie à peine croyable du très mesuré Manuel Valls en soutien à Charlie Hebdo avec lesquels Plenel l’avait associé (à juste titre) de faire partie de ceux qui mènent une guerre aux musulmans. C’est ainsi que s’est terminé le mois de novembre et que commence en douceur le mois de décembre 2017.

Surprise Motherf*ckers !!

On était en train de sortir difficilement de l’épisode Mediapart vs Charlie Hebdo que le Ministre de l’Education Nationale déclare au micro du Grand Jury être à titre personnel contre le port du voile des mères de famille accompagnant les sorties scolaires tout en reconnaissant que légalement rien ne s’y opposait. Au fond, la loi on s’en tape, on ne veut juste plus voir les femmes voilées dans l’espace public. Et puis dans un pays qui a eu un Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, c’est une polémique, avec celles sur les menus halals à la cantine et la longueur des jupes pas assez laïques, qui revient presque pour nous faire patienter jusqu’au prochain n’importe quoi, qui va arriver très vite et d’une manière assez inattendue.

Le 5 décembre 2017, la France apprenait la mort de Johnny Hallyday. Un hommage national retransmis à la télévision lui est rendu quasiment dans la foulée le 9 décembre en présence du Président de la République et de nombreuses célébrités. Jusque-là rien de bizarre, enfin on peut quand même s’étonner de tout cela, mais là n’est pas le sujet. Au micro d’Elysabeth Levy le lendemain de l’hommage, Alain Finkelkraut , oui encore lui, déclare « Le petit peuple blanc est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux et seul. Les non-souchiens brillaient par leur absence ».
Au-delà de la méthode de comptage encore plus douteuse que celle de la Préfecture de Police lors des manifestations, il faut surtout s’incliner et reconnaître l’abnégation et le sens du devoir. Ne jamais perdre le nord, quel que soit le sujet, et faire en sorte de ramener le débat à son agenda politique et faire avancer son idéologie. Il réussit ici à le faire en plaçant une analyse racialiste de la société en parlant de l’hommage rendu à Johnny, chapeau l’artiste.

En face Madame Levy qui, bien loin de relever les propos, en rajoute une couche : «vous voulez dire que les banlieues n’étaient pas Charlie… Johnny ?». Un lapsus assez révélateur parce qu’il faut le dire, que depuis les attentats de 2015, les personnes non-blanches ou «issues de l’immigration», comme on le dit pudiquement, vivant majoritairement dans les banlieues sont devenues une sorte de 5ème colonne, ennemis de l’intérieur parce que certains ont eu l’audace de ne pas avoir été Charlie. Ce qui a automatiquement fait d’eux des sympathisants du terrorisme, des soutiens des frères Kouachi, alors que ce que beaucoup exprimaient c’est de pouvoir à la fois condamner les attentats du 15 Janvier 2015 sans pour autant adhérer à la ligne éditoriale du journal et se revendiquer Charlie. Le lendemain, Dominique Bussereau sur Radio Sud en rajoute en déclarant ne pas avoir vu «le peuple de Saint-Denis».  Bref, la conclusion de cette séquence est de passer à la suivante qui est déjà en gestation.

Rokhaya Diallo, Yassine Belattar : objectif invisibilisation totale

Le 12 décembre 2017 est annoncé la liste des membres du Conseil National du Numérique, le CNNum pour les intimes, en soit un non-événement pour la majorité d’entre nous sauf que le diable se cache dans les détails. Parmi les membres du CNNum figure le rappeur Axiom et Rokhaya Diallo la militante antiraciste. Les deux ont pour défaut d’être à la fois «issus de l’immigration» et d’avoir à un moment ou un autre critiqué la France. Ce qui, aux yeux de la fachosphère, est un crime de lèse-majesté.
Ils lancent très rapidement les premières attaques sur les réseaux sociaux, rapidement rejoint par la Vallsophère, les laïcards extrémistes de « gauche » qui gravitent autour de l’ex Premier ministre, un long article à charge de Marianne (qui dans un premier temps a renommé Rokhaya en Rakhaya comprenez racaille), suivi par le Printemps Républicain ainsi que Valérie Boyer et d’autres membres des LR.  D’ailleurs il faut remarquer que tout ce petit monde a de plus en plus tendance à travailler ensemble en parfaite symbiose, c’est beau !

Le 14 Décembre 2017, Mounir Mahjoubi, qui a validé les membres, revient sur sa décision et exclut Rokhaya Diallo au prétexte que le CNNum a besoin de travailler dans la sérénité.  Ce qu’on lui reproche ? Pèle mêle de ne pas avoir été Charlie (comme quoi), de défendre le droit des femmes qui souhaitent de porter le voile (étonnant), d’avoir été proche du Parti des Indigènes de la République (PIR) et de Houria Bouteldja, mais principalement d’avoir parlé de racisme d’Etat, une notion tabou en France.
Le racisme d’Etat, très rapidement, c’est l’établissement de lois discriminatoires/discriminantes par un Etat sur la base de la couleur de la peau, de l’appartenance ethnique ou religieuse comme cela a été le cas en Afrique du Sud pendant l’Apartheid et aux Etats-Unis pendant la ségrégation. Mais encore, c’est là où ça devient plus délicat, un Etat qui produit des discriminations volontaires ou involontaires à l’encontre de certaines populations dans l’application des lois, par les institutions étatiques et leurs agents.
La France en tant qu’Etat produit-elle une discrimination entre ses citoyens ? Si oui, peut-on la qualifier de racisme d’Etat et comment faire pour y remédier ? Le débat existe depuis plusieurs années. Est-ce un délit d’être partie prenante et d’avoir exprimé son opinion ?
Le 19 décembre 2017, dans un rare moment de grâce et de dignité, Marie Ekeland ainsi que l’ensemble du CNNum démissionne. Quant à Rokhaya, son éviction a involontairement réussi à prouver que le racisme d’Etat en France n’était pas qu’une vue de l’esprit de quelques militants antiracistes financés par des milliardaires états-uniens pour importer le modèle communautariste anglo-saxon en France mais bien une réalité.

On finit sur le cas de Yassine Belattar qui est le cas le plus symptomatique. Le 15 décembre 2017, le journal Marianne (encore) sort un article au contenu mensonger sur Belattar. L’auteur de l’article a été pris la main dans le sac en train de modifier des propos de Yassine Belattar qui revient sur la fameuse question d’être Charlie ou non au micro de Bruce Toussain : « Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas Nice, je suis français je ne choisis pas mes deuils » devenu sous la plume de Martine Gozlan en « Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas Nice, je choisis mes deuils« . Pris la main dans le sac, car le passage était en radio et filmé, il y a bien eu une tentative pathétique d’explication. Loin de les arrêter, cela a au contraire marqué le début d’une longue campagne de harcèlement où l’on retrouve le Printemps Républicain, Manuel Valls, Valeurs Actuelles et bien d’autres encore et qui se poursuit aujourd’hui presque un an plus tard.
Au fond, qu’est-ce qu’ils reprochent à Yassine Bellatar qui est une personnalité assez consensuelle ? D’être un sympathisant des frères musulmans par-ci, antisémite par-là, ou encore homophobe plus loin, tout ceci sans preuves sinon ce n’est pas drôle. Mais le principal reproche est de ne pas partager leur point de vue sur l’Islam, leur vision de laïcité et qu’il faut donc évincer de l’espace public.

En conclusion

Ces trois derniers mois de 2017 sont en somme un concentré de ce à quoi je suis habitué depuis que je suis en âge d’observer l’actualité politique et sociétal de ce pays. On y retrouve les mêmes personnes aujourd’hui complètement décomplexées dans leurs propos, qui utilisent les mêmes procédés pour s’en prendre à ceux avec qui ils ne sont pas d’accord et ramener les mêmes obsessions aux relents xénophobes avec une régularité déconcertante. Le tout en faisant le tour des plateaux télés et des radios pour plaider de la bien-pensance à cause de qui « on ne peut plus rien dire« . Je ne vois pas ce cercle vicieux se briser de sitôt; bien au contraire, j’ai l’impression que le rythme s’accélère, les rares dans les médias qui osent encore tenir un discours en rupture sont harcelés et lynchés. Les élus et les politiques, au mieux, ne se sentent pas assez concernés et préfèrent jouer les autruches plutôt que de prendre un risque politique pour la suite de leurs carrières et/ou au niveau national pour leurs partis.

Au-delà des cas personnels, on observe surtout une volonté d’invisibilisation de toute une partie de la société, on a observé des attaques toutes aussi violentes ces dernières années contre Black M, Danielle Obono, Christiane Taubira, l’association Lalab… Les non-blancs pour exister publiquement doivent tenir un discours aseptisé, convenu, validé ou non-politique. Plus que jamais dans le pays qui passe son temps à donner des leçons au reste du monde et aime répéter à qui veut l’entendre être celui des Droits de l’Homme, la liberté d’expression est à carnation variable.

Sarcelles – La Défense, 1h de schizophrénie

Habiter Sarcelles ou n’importe quel autre quartier populaire et travailler à la Défense : c’est le lot de bon nombre de banlieusards aujourd’hui, encore plus avec la jeune génération émergente que sont les kameleons.

Au-delà du temps de transport plus ou moins conséquent, la distance séparant ces deux points est surtout psychologique et le trajet est souvent le lieu d’une gymnastique mentale que seuls des kameleons sont capables de réaliser. Avant de commencer mon explication, je tiens à préciser que dans la vie comme sur word, mes raisonnements sont souvent composés de digressions en tout genre et d’une tripotée d’expressions totalement hors de propos. Bon, cette fois je m’explique.

La gymnastique mentale du matin     

Garges-Sarcelles un lundi matin à 8h. C’est ici que tout commence. Les quais de gare sont pris d’assaut par les habitants des Grands Ensembles et l’attente du RER se fait plus ou moins longue. Pour la raison, appelez Thierry Beccaro et demandez-lui de tirer au sort entre le climat, les grèves, les suicides, et autres vols de cuivre au stade de France. Anyway. C’est en général à ce moment précis qu’a lieu une rencontre plus ou moins fortuite avec un vieux compagnon de route du lycée/collège que depuis tu ne revois justement… que dans le RER. Ce gars-là peut avoir différents profils, allant du mec n’ayant pas eu le brevet, au thésard, en passant par le simple salarié comme moi-même. En soit un français lambda….Bon en toute transparence, tu l’avais bien vu comme souvent mais dans la cohue tu n’as pas réussi à l’esquiver. Pourtant tu avais réussi à te créer un petit cocon en écoutant le dernier Mac Miller (RIP le white/blancos, Valls et moi-même te regretteront) mais non. Malgré les différents choix de vie, une chose vous lie particulièrement : le terter, le zoo, la banlieue quoi.  Faut dire que pouvoir s’exprimer librement sans te brider en ponctuant tes phrases par des wesh et autre « guez », c’est quand même une sacrée bouffée d’oxygène pour entamer ta journée. N’en déplaise aux provinciaux et intramuros culs serrés nous traitant de « wesh wesh » (vous savez ceux qui font les kéké en disant yo ziva majeur et index à l’horizontal), notre phrasé est tel qu’il est et ne traduit aucunement des lacunes à s’exprimer dans la langue de Molière. Au-delà de ça, les transports laissent place à des scènes cocasses à des années lumières de l’ambiance boulot qui vous attend. Faut dire que passer d’un interlocuteur involontaire en pleine pédicure à son patron vous demandant un « catch-up  concernant le call meeting sur les guidelines » ça peut créer des séquelles bicéphales.

Comment on te voit quand tu parles en wesh

A l’approche de “la déf”, les kameleons sont de sortis. NTM laisse place à un bon Jack Johnson dans la playlist spotify, histoire de se mettre une ambiance apaisée et éviter de saluer ton boss avec un high five.

Le risque de tomber sur des collègues dans le RER fait alors peser une sorte de paranoïa. On troque volontiers le « chanmé », par «  génial » ou autre « truc de ouf » par «  mais c’est énorme ». On ne se connait pas forcément entre kameleons, mais on reste complice dans cette supercherie, j’en veux pour preuve des regards traduisant un « c’est ça mon gars ! ».

Où sont les Kameleons ?

Le kameleon au centre des divergences de classes

Le kameleon sait d’où il vient, et lorsqu’il a un poste à peu près potable, cela lui confère quelques avantages par rapport à ses camarades de jeu, si tant est que powerpoint et excel en soient un. Tout d’abord sa capacité à être à l’aise quel que soit son interlocuteur. Pour avoir exercé dans une usine, on entend souvent de la part d’ouvriers que les jeunes sortant d’école sont pour la plupart prétentieux et sans considération pour les employés inférieurs hiérarchiquement, manière polie de dire « des petits cons ». Idem dans les grandes écoles où il n’est pas rare de voir des élèves laisser trainer leur bordel en classe, car c’est bien connu, « des dames sont payées pour ramasser ». Sauf que pour le kameleon, cette dame peut être sa mère, sa cousine, sa voisine, de même que l’ouvrier  à l’usine. Loin de moi l’idée de sombrer dans une vision manichéenne entre riches-méchants et pauvres-gentils, mais oui ces mecs là existent…. D’ailleurs, la particularité du kameleon est d’avoir des amis venant de tout horizon. Son fil d’actualité Facebook jongle entre une invitation dans un bar branchouille du 11eme, un post pro-Macron et un groupe de futsal sarcellois.

Retour de digression (oui je vous avais prévenu). Le Kameleon donc, peut switcher en un laps de temps très court entre une conversation usant d’un champ lexical rudimentaire et une réunion sur la migration du nouveau plan analytique de gestion. Je vous rassure, utiliser des mots pseudos sophistiqués en réunion ne me fait pas sentir plus intelligent. Pire, j’ai surtout l’impression de créer une piscine avec un fond de chiotte, ou comment carotter en usant de formules alambiquées incompréhensibles pour le commun des mortels, tout un art à maîtriser. Bienvenue monde cynique…

Revenons à nos moutons. Etre kameleons au boulot c’est aussi savoir avaler de belles couleuvres. Faut dire que les déjeuners sont souvent sujets à des débats enflammés sur des faits d’actualités. Lorsqu’ils concernent des cas comme Benzema, les banlieues, ou les inégalités sociales, surtout quand tu bosses en finance, il est parfois difficile de contrôler ses propos. « Mais Benzema qu’il se casse s’il n’aime pas la France »,  « Purée Nanterre, c’est moche, comment les gens peuvent y habiter ». Au pire on se la ferme, au mieux on répond avec une vanne subtile montrant ton désaccord avec la tablée mais toujours avec le smile et la Happy face. Encore faut-il avoir le talent pour.

Le Kameleon opportuniste et amnésique

L’important est surtout de ne pas jouer à l’amnésique social. Vous voyez de qui je parle non ? On en connaît tous un. Ce type qui a complètement oublié d’où il venait et qui essaie à tout prix de passer par la chatière pour intégrer une classe sociale dont il attend désespérément le rond de serviette. Ça vous parle un peu plus ? On parle ici d’un mec qui a récolté toutes les bourses possibles et imaginables (Crous, mérite, léonard de Vinci, erasmus même s’il n’est pas parti, et j’en passe), et votant Sarkozy car il en a marre de « payer des impôts pour des assistés ». Ce mec qui, parce qu’il émarge à 2127 euros par mois et porte des costumes Zara, croit être devenu le loup de wall street, alors qu’il n’est rien d’autre qu’un ouvrier en costume comme 99% des salariés du tertiaire. Joint par téléphone, le président de la fédération française des Kameleons francophones de France, nous a avertis de cette nouvelle tendance et a nié tout lien avec ce genre d’individu. Un hashtag a même été lancé, #notinmyname, depuis que certains amnésiques sociaux ont tenté de reproduire les coupes de cheveux vues sur la page FB cheveux de riches. Ca la fout mal…

Enfin, malgré l’ouverture d’esprit dont les kameleons font preuve, ils doivent parfois affronter des obstacles qui les dépassent. Par exemple, certaines discussions peuvent laisser place à des références inconnues pour certains d’entre nous. Pour ma part, le cas le plus criant concerne les lieux touristiques dans les régions franco-françaises. Plus d’une fois j’ai eu vent de la part de mes collègues de virées au bord du bassin d’Arcachon ou autre weekend dans le Périgord. Pour être franc, comme beaucoup de kameleons de banlieue, mes voyages dans l’hexagone se sont limités aux excursions scolaires pendant lesquels nous jouions à action ou vérité dans le fond du bus, une bien belle époque. Faut dire que lorsqu’on se met à gagner notre croûte, l’envie de croquer le globe a pleine dents nous envahit, ne laissant aucune place à un séjour domestique. A tel point qu’à chaque retour de vacances tes collègues te prennent pour une personne aisée. Une personne aisée vivant à Sarcelles…

D’ailleurs la journée est finie. Encore une fois, je dois réadapter mon cerveau. Mon tendre et cher RER D m’attend pour une heure de transport, une de plus ou je retombe sur un ami de route pour qui les hésitations rhétoriques se font ressentir…« Bonjour, enchanté…euhh weshh ».

Un jour viendra peut-être où je ne serai plus kameleon, où il n’y aura plus à pratiquer ce grand écart schizophrénique, où le kameleon n’aura plus à modifier sa nature profonde. Ce jour où les différences s’atténueront sans complètement  s’effacer, ce jour où nous aurons gagné beaucoup…

En attendant, je jette un œil à droite, observe la poésie ferroviaire, le reflet du soleil sur les rails, le train bondé, les regards de personnes fatiguées mais heureuses de rentrer chez elles. Demain est un autre jour. Garges-Sarcelles, prépare toi on arrive !!!!

La double nationalité : quand t’as le cul sur aucune des deux chaises

Chez les Kameleons ou dans les médias de manière générale, on parle souvent, voire beaucoup, de notre place, nous enfants d’immigrés, dans la société française. Ce qui l’en ressort de ces débats, c’est qu’il est difficile pour notre génération de se fondre dans la masse dans le contexte actuel et particulièrement de se défaire des préjugés dont nous faisons l’objet.

Mais on parle rarement ou jamais de notre place au bled, comment nous sommes vus, perçus, jugés par nos compatriotes le temps d’un été. Et ça commence très tôt !

De l’enfance à l’adolescence, c’est le flou total

Tout commença au bled, depuis mes premiers mots, lorsqu’à chaque été mes oncles et mes tantes, encore à l’aéroport, me posaient la WTF question la plus gênante du monde. Du haut de mes cinq ans je subissais déjà cette forte pression tel Atlas portant la Terre sur ses épaules : « Que préfères-tu, la France ou le Bled ? ».

Ouais j’étais un gros mytho à cet âge ! C’était en 1995, je me retrouvais à la fin du mois de juin dans un avion en direction du bled telle une punition. J’avais délaissé Dorothée, qui était à son apogée à cette époque, pour regarder des dessins animés en arabe dont je ne comprenais absolument rien sur la seule chaîne nationale ; qui servait également de journal intime au Raïs. Le lait était imbuvable, le yaourt était un mélange de lait et d’eau aromatisée à la banane. Mais le bled avait tout de même son charme avec ses traditions folkloriques, qui n’est qu’un souvenir aujourd’hui. Bref, revenons à nos moutons !

Que ce soit en France ou au village, il y toujours des bonnes et mauvaises personnes. Les mauvaises n’en rataient pas une pour te faire passer pour la grosse merde du village qui ne comprend rien. Car il faut le rappeler, la langue arabe est très métaphorique. C’est le sport national au bled de se foutre de la gueule des enfants d’immigrés qui ne manient pas aussi bien la langue qu’eux. Pourquoi un tel exercice ? Pour les mêmes raisons qu’en France les gens se moquent de ceux qui ne parlent pas très bien le français : c’est gratuit.

Le bon côté de cette histoire est que nous avions tout de même la chance de partir en vacances quelque part, de sortir de nos cités contrairement à une grande partie de ses habitants, d’aller à la plage quoi. Mais quand tu arrives au bled, les autochtones sont déjà bronzés, voire cramé, et à côté d’eux t’es blanc comme un cul. Là encore un sujet de moqueries.

« – Tu préfères la France ou le bled ? – Le Bled » mais cette réponse démontre bien que le mensonge est inné chez les hommes.

De l’adolescence à la vie adulte : confrontation aux premiers stéréotypes

À l’adolescence, tu deviens plus autonome, tu voles la mobylette du premier membre ta famille pour te balader. Ta mère qui, d’habitude surveille tes moindres faits et gestes dans la cité oublie que tu existes. Ton père ? Idem. C’est la liberté totale ! Un défouloir de deux mois et avec le temps tu apprends toute la rhétorique du bled, les répliques aussi vulgaires que futiles. Je suis devenu un boss de l’Arab Contenders ! C’est là également que tu rends compte que l’argent fait la différence avec les gens du bled. Tu te permets de faire des trucs qu’un smicard du bled ne peut même pas imaginer. Tu commences justement à ouvrir les yeux sur le monde et à voir que des gens sont vraiment dans la misère mais tu es en vacances, ça te passe au dessus.

C’est également à cet âge que tu vois tes compères, ceux qui sont nés en France et qui partent en vacance au bled, le statut du kéké de tèce. Ces mecs qui se prennent pour les rois du pétrole. Ce sont les premiers à se battre dans les boites de nuit, à mettre la musique à fond dans un village où en temps normal tu entends les mouches voler. On voit apparaître les premiers regards assassins des gens du bled vis-à-vis des enfants d’immigrés et comme en France « Tous pareil ».

À cet âge, on peut voir les premières rivalités entre les gens du bled et nous-mêmes. C’est la même rivalité que celle qui existe entre Paris et la Province. Cela suscite une certaine jalousie ou frustration de certains qui s’illustre par des clashs.

« – Tu préfères la France ou le bled ? – Le Bled » et tu le penses vraiment !

Comme en France, stéréotypes et préjugés

Le communautarisme existe aussi au bled. Oui les enfants d’immigrés, pour certains, préfèrent glander entre eux. Nombreuses sont les raisons à ce manque d’intégration. La première est qu’on a beau être originaires du bled… bah on a grandi en France et il y a donc un fossé qui nous sépare de ceux qui ont grandi au bled. L’humour n’est pas le même, les références culturelles non plus et surtout les manières de voir les choses diffèrent. Allez dire à un québécois qu’il a la même culture que celle d’un français et vous recevrez une bûche dans la tronche ! J’ai pas besoin de vous refaire un cours de philosophie sur cela, mais par expérience, nous ne sommes pas pareils et cela se voit et se ressent.

Apparaissent alors les stéréotypes, qui sont nombreux et ancrés, chez la plupart des gens du bled fondés tout de même sur une part de vérité et en voici une liste non exhaustive :

  • Les enfants d’immigrés ne connaissent pas le bled ;
  • Les enfants d’immigrés se prennent pour les rois du pétrole ;
  • Ils vivent comme des SDF toute l’année en France pour déglinguer une centaine d’euros en été ;
  • Ce sont des pigeons ;
  • Ils n’ont pas un centime à la fin de l’été ;
  • Ils n’ont pas été élevés à la dure ;
  • Ils ne comprennent pas l’arabe.

Bref, tout cela pour dire que nous ne sommes pas de chez eux. Nous ne sommes pas marocains, algériens ou tunisiens. Nous sommes des « gawris » à leurs yeux ayant la vie facile. Même si t’es quelqu’un de normal, il y aura toujours un con, comme en France, pour te rappeler d’une manière pas très subtile que tu n’es pas vraiment de chez eux ou qu’il n’aime pas tes semblables mais qu’il t’aime bien quand-même. Merci pour cette considération.

C’est là que tu ouvres les yeux et que tu te dis : « on me dégaine la même connerie qu’en France, allez nique je vais aller à Bali cet été ». De leur côté leurs yeux sont également ouverts car eux-mêmes ont une réponse à la question WTF « la France ».

Le bled un nouvel eldorado des repats

Tu as bien compris qu’en France t’es pas français et au bled t’es pas du bled. Mais tu as également compris que l’argent est la langue commune qui fait oublier à tout le monde qui tu es et d’où tu viens et tes diplômes provenant d’un pays développé instaurent une forme de respect. Oui, l’intérêt du bled quand t’es adulte est d’investir ou de faire appel à tes compétences pour y travailler.

Car ton bled, entre le moment où les gens se baladaient à dos d’âne et aujourd’hui, il a évolué. Les pays de nos parents jouissent aujourd’hui d’une forte croissance qui fait pâlir la France. Aujourd’hui le yaourt est de la marque Danone, il y a la 4G et la fibre optique dans les villages ! Le bled fait de la brasse dans le bassin d’un monde globalisé. Tout le monde a compris qu’il y avait du biff à se faire là-bas en dehors du tourisme et tous les gens du bled ont compris que nous étions une manne financière importante. En Tunisie ils représentent 5 % du PIB, au Maroc 6,7 % et en Algérie 1,2 %.

Des projets de plus en plus importants font appel à des entreprises européennes qui, historiquement, disposent d’un savoir-faire incontesté et c’est là que notre double culture est une force. On a grandi en France, étudié en France et on connaît le bled. C’est un putain de vivier inestimable pour des entreprises qui mettent les pieds dans un pays qui était, jusque-là, inexistant dans leur portefeuille. Comme je l’ai dit précédemment, le bled se développe et il y a tout à faire !

Certains sont motivés par l’argent pour y aller, d’autres par l’amour de leur pays d’origine. Nous avons tous le rêve de voir un jour notre pays d’origine devenir un pays développé au même titre que la France. Nombreuses sont les initiatives des citoyens ayant la double nationalité en destination de leurs pays d’origine ; cela a commencé par des actions associatives et évolue aujourd’hui vers des Thinkthanks qui leur apportent une véritable plus-value. Ce sont des ambassadeurs ou plutôt des « citoyens de liaison » à la fois pour le pays où ils ont grandi et leur pays d’origine.

« – Tu préfères la France ou le bled ? – Je préfère la France pour les opportunités qu’elle nous a offertes et je préfère le bled pour les opportunités qu’il nous offrira ». Nous sommes la chaise sur laquelle s’assoient nos deux pays.

Rencontre association – « un monde sans frontières »

Une initiative citoyenne

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LES DÉCROTTEURS E02 – Les minorités dans les médias

Comment les minorités dites visibles, comme on le dit pudiquement, sont elles aujourd’hui représentées dans les médias en France ?  Les clichés ont elle toujours la vie dure dans cette réprésentation ? Sont elles aujourd’hui acteurs de ces  medias ? Si oui sous quelles conditions ? Comme on aime se poser des questions et en débattre, on le fait ici.

2h de trajet par jour, et alors ?

Mais pourquoi je fais de la peine à un intra-muros quand je dis que je passe deux heures de temps par jour dans les transports ? Pourtant ce n’est pas si chiant que ça, fais pas le malin la tendance s’inverse…

Ça commence systématiquement, lors d’une soirée branchée parisienne, par un « tu habites où ? » et dans la seconde après avoir dit « Sarcelles » je vois leur visage se décomposer tel un glaçon sur le parvis de la Défense un jour de canicule. Il y a deux raisons à l’origine de cette réaction : la première est « mais ça craint là-bas » et la seconde  » tu passes deux heures par jour dans les transports ? Mais comment tu fais ? Moi perso je pourrais pas « . Aujourd’hui je vais m’attarder sur la deuxième réaction. À cette dernière t’as envie de répondre  » connasse/connard” (#ecritureinclusive), je vais t’expliquer pourquoi passer deux heures dans les transports ce n’est pas si chiant que ça en a l’air. » Avant de continuer, je précise que lorsque je parle de 2h de transport par jour, je parle d’aller/retour.

Optimiser son temps de préparation

Il suffit de prendre le RER ou le Transilien pour se rendre compte que le temps passé dans les transports peut être d’une grande valeur. Pour les retardataires du matin, ceux qui ont des difficultés à quitter un lit bien chaud, la préparation pour ressembler à un travailleur lambda, se fait en deux temps : se vêtir et se brosser les dents et le reste dans le train.

Sans entrer dans les clichés, je ne compte même plus le nombre de femmes qui se maquillent durant les 20 minutes séparant Garges-Sarcelles de Paris Gare du Nord ; celles dont la dextérité, malgré l’étroitesse de la place assise, ferait pâlir les youtubeuse tuto. Il y a ceux qui, profitent de ce moment pour se laisser bercer par les secousses du train pour retrouver les bras de Morphée histoire de terminer la nuit de sommeil ; ceux qui lisent des bouquins, ou font semblant. Yes ! Je suis devenu quelqu’un de cultivé en lisant des dizaines de bouquins ; d’ailleurs la SNCF elle-même, promeut la lecture dans le train histoire d’avoir un truc sous la main au cas où tu aurais une heure d’attente parce qu’un nième incident allonge encore plus ton temps de parcours. Je pourrais développer un bon moment sur l’intérêt du temps passé dans le train, mais je vais faire bref avec une liste non exhaustive de trucs que les banlieusards et les provinciaux, ceux qui prennent viennent tous les jours des provinces limitrophes :

  • Réviser ses examens parce que t’as eu la flemme la veille ;
  • Écouter l’ensemble de ta playlist spotify pour continuer un réveil en douceur et se motiver pour ta journée de merde au boulot ou à la fac ;
  • Préparer ses réunions ;
  • Regarder des séries Netflix, j’ai 4 saisons de série à mon compteur, parfois je termine les 10 minutes restantes en bas du bureau caché dans un coin ;
  • Jouer à Candy Crush ou Farmville ;
  • Répondre aux messages auxquels on avait la flemme de répondre ;
  • Lire le 20 min, Métro et si tu as de la chance un vrai journal datant d’une semaine abandonné sur un siège (le Canard enchaîné sur la ligne D nord et B et le Parisien ou Capital sur la ligne A etc.)
  • Lire les articles et écouter les podcasts des Kaméléons
  • Réflexions existentielles quand on a plus de batterie.
Gare de Garges-Sarcelles RER D
Gare de Garges-Sarcelles RER D, les kameleons, 2018

Mine de rien parfois je mets moins de temps qu’un intra-muros

On a souvent du mal à y croire, mais parfois je mets moins de temps à joindre un endroit à Paris qu’un intra-muros. À tort, on a tendance à croire que les parisiens, parce qu’ils ont le métro, mettent moins de temps que les banlieusards. Bah en fait pas forcément ! Les experts des transports urbains (genre moi, oui car un banlieusard connaît bien mieux les temps de trajets que l’appli de la RATP et surtout j’ai un master en Transport d’humains), en plus de dessiner les lignes (bus tram métro et train) en réseau, se focalisent sur deux principales variables : les changements d’une ligne à une autre et la « vitesse commerciale » qui représente la vitesse moyenne d’un terminus à un autre. En gros c’est ce qui permet à votre application RATP d’estimer votre temps de parcours. Pour les curieux j’ai écrit un petit truc, un peu technique plus bas.

Le RER, quand il fonctionne bien sûr, est le plus rapide des modes de transport en Ile-de-France, mais pas qu’en vitesse. Son réseau constitué en étoile dont les branches banlieusardes se réunissent dans le centre de Paris est aujourd’hui représenté comme une tare, car il n’existe pas de connexions banlieue à banlieue – je vois l’aéroport de Charles de Gaulle depuis ma chambre à Sarcelles alors que je suis obligé de passer par Paris si je veux y aller en transport alors que je mets à peine 20 minutes en voiture – , mais on oublie qu’il constitue également sa force. Prenons l’exemple du RER D, il traverse sur un axe nord/sud la Gare du Nord, Châtelet-les-Halles et la Gare de Lyon permettant une interconnexion avec les lignes stratégiques du métro (genre à Ligne 1 ou 14, parce que la 3bis et la 7bis ne comptent pas vraiment…). Idem pour la ligne A du RER avec un axe est/ouest desservant la Nation, Gare de Lyon, Chatelet-les-Halles, Auber, et Charles de Gaulle étoile. Cela explique en partie les raisons pour lesquelles la ligne A est la ligne la plus fréquentée d’Europe (ce n’est pas vraiment un exploit…) avec ses un millions de passagers par jour (Cf plus bas pour plus de chiffres). Bref, fais rarement plus d’un changement ce qui explique pourquoi je mets une heure à atteindre tout point dans Paris alors que les déplacements d’un point à un autre de Paris nécessitent souvent deux voire trois changements avec un trajet debout… Après 3 correspondances et un trajet debout, t’arrives au boulot en transpirant comme un porc.

Les dessous du RER : pannes, bagarres, grève et sexe (Bernard sors de ce corps !!!!)

J’ai fait l’éloge du RER et je vois arriver la connasse ou le connard qui est à l’origine de cet article avec « nan, mais avoue que le RER craint quand même avec toutes les pannes, les retards, les cas sociaux les agressions ».

Je lui accorde du crédit concernant les pannes. ***************que ça me ********* de pannes de ********* ou les ******** retards parce qu’un cheminot sympa (il faut les caresser dans le sens du poil, sinon ils paralyseraient la D) n’a pas pris son service ou encore les aléas météos. Quand il faut trop chaud les caténaires explosent et les rails se dilatent ; quand il fait trop froid, les rails peuvent casser ; et quand c’est l’automne, les feuilles et les branches sur les rails empêchent le train de rouler. À croire que le train fonctionne normalement au printemps… le RER fonctionnerait bien dans un monde parallèle ou imaginaire.

Aiguillage du T5
Aiguillage du T5, imaginez ce phénomène sur la centaine d’aiguillages de la Gare du Nord, Les Kameleons, 2018

Pourtant la SNCF et la RATP s’attellent tout de même à rénover et leurs infrastructures parce qu’elles ont pour la plupart plus de 40 ans et la durée de vie d’une voie ferrée est justement de… 40 ans. Ces travaux permettront à terme (dans 20 ans quoi, c’est pas une blague) de réduire considérablement les incidents techniques d’exploitation et donc d’améliorer la qualité de service pour les voyageurs. Mais en attendant, les travaux se passent durant les extrêmes soirées et week-ends et des services de bus de substitutions sont mis en place, mais il faut tout de même compter 30 min  de plus à un trajet déjà long si ces services fonctionnent bien…

Quant aux cas sociaux c’est du lourd, mais du méga lourd ! J’inviterais même les touristes, amateurs de sensations fortes à faire des portions de RER. En dehors des alcoolos, roms, fumeurs de joints, voleurs à l’arraché, etc. (des « petits trucs quoi ») communs au métro, le RER c’est folklorique ; c’est « « Alice au pays des merveilles » ou « le monde de Narnia », une aventure de bout en bout ! Il y a ceux qui pique-niquent, les odeurs conjuguées de mets délicieux provenant des quatre coins du monde vous titillent les narines à toute heure de la journée et des emballages sous les sièges. On assiste alors à un ballet d’emballages rythmé par les accélérations et décélérations du train. Il y a aussi ceux qui se coupent les ongles ou se curent le nez l’air de rien et, comme dirait Ronald, ils te balancent un « quoi ? » lorsqu’ils aperçoivent l’étonnement sur ton visage. Genre c’est aussi normal que de lire un bouquin…

Dans un registre plus extrême, il y a les bagarres, ça met un peu de piment et provoque une petite montée d’adrénaline histoire de rendre le trajet moins monotone. Ça commence souvent par un « pourquoi tu me regardes ? » ou « pourquoi tu me pousses », et ça tourne en duels Western Spaghetti avec le mec qui dégaine la première patate de forain. Toujours dans le registre western, les passagers d’une rame entière de RER D ont été dévalisés par une vingtaine de jeunes à Grigny en mars 2013. Nan, c’est pas une fakenews de l’extrême droite ! Ils ont bloqué une rame de RER et dévalisé les passagers des wagons un à un.  Parfois, la tournure est plus tragique et c’est pas drôle…  Un jeune de Grigny a été poignardé à la station des Halles il y a quelques semaines suite à une simple bousculade, dont l’embrouille est montée crescendo jusqu’à la sortie d’une lame. Le journal du  Parisien ne manque pas de petits articles dans la rubrique faits divers où les agressions, les rixes et les morts ne manquent pas. À croire que le RER D c’est Mexico.

Sinon pour terminer dans une note moins morbide et plus fun, le RER est aussi un lieu  d’expression corporelle. On a tous vu, ou du moins essayer de voir, la fameuse vidéo d’il y a quelques semaines dans laquelle on voit un couple en plein ébat dans une rame de RER en journée… La génération Snaphchat nous a permis d’entrevoir tous les angles de cet ébat. La SNCF a d’ailleurs porté plainte pour exhibitionnisme, mais elle devrait surtout s’attaquer aux agressions sexuelles et la violence des vols à l’arraché que subissent les femmes. Comme je l’ai dit, la réputation du RER D n’étant plus à faire, il fait tristement l’objet d’agressions imaginaires. Souvenez-vous lorsqu’une femme a porté plainte pour une agression antisémite par six hommes dans le RER D. Bien plus tard cette affaire, portée par les médiats et les déclarations politiques, cette femme a été jugée pour « dénonciation de délit imaginaire », elle voulait juste attirer l’attention. Et, dans un registre plus laïque, le RER D est aussi un lieu de prêche :  terrain de prédilection des évangélistes, j’y ai le droit un jour sur deux soit dans le train soit à la Gare. À les écouter, j’ai vécu 15 retours de Jésus et 10 fins du monde, je suis un vrai warrior !

Je terminerai ses mots par une petite lettre :  “Cher-ère connard/connasse, ouais je passais deux heures par jour dans les transports pour bosser ça peut sembler relou, mais ça permet d’optimiser pas mal de choses et on ne s’ennuie quasiment jamais dans le RER. En bon flemmard, je préfère passer deux heures assis qu’une heure à cavaler d’une ligne à une autre tous les 4 arrêts. Parfois c’est moins cool, quand j’arrive avec 30 minutes de retard à une réunion ou à un exam et quand tu me dis « fallait prendre le train d’avant » j’ai juste envie de te foutre une balayette laser (big up Bonjour Tristesse) . Il est vrai que les odeurs un peu assassines des RER donnent un peu la gerbe, cette gerbe je la retrouve aussi sur la Ligne 14 quand tous les cols blancs sont arrosés de parfum et d’après rasage.

Quant à l’insécurité dans les transports, elle résulte plus de la politique de l’exploitant (RATP/SNCF) que des passagers qui l’empruntent. Les conducteurs de la ligne 12 évitent certains arrêts parce qu’il y a trop de camés et les seringues me font plus flipper qu’un prêcheur du matin.

Paris n’est plus seule ! Aujourd’hui, je travaille à trois arrêts de RER D ; la tendance s’inverse au profit des banlieusards avec à la fois une augmentation significative des bassins d’emploi en banlieue (Plaine Saint-Denis, Montreuil, Gennevilliers, etc.) et la mise en place du Métro du Grand Paris à l’horizon 2030 qui créera un réseau métropolitain. Tout comme Jon Snow tu vas toi aussi un jour t’aventurer au-delà du mur et côtoyer les sauvageons.

Les cols blancs de la Plaine Saint-Denis prenant le RER D
Les cols blancs de la Plaine Saint-Denis prenant le RER D, Sophiane, 2018

Je mets certes moins de temps que toi, mais surtout j’ai moins de temps pour lire ou écouter de la bonne musique . Je suis devenu le connard du bureau qui me fout de ta gueule car tu as mis trois plombes à venir alors que je mets à peine 25 minutes porte à porte. Je me paye le luxe, suite à plusieurs années de frustration, de dire à 9h30 au bureau : « Je me suis réveillé à 8h45 au lieu de 7h30 ».

Paris intra-muros n’est plus, c’est le Grand Paris ! La banlieue a son mot à dire et comme l’a dit Médine : “La banlieue influence Paname, Paname influence le monde”.

Cordialement,”

premier tunnelier du la Ligne 15 du GPE
Lancement du premier tunnelier du la Ligne 15 du GPE, Sophiane, 2018

Pour les intéressés :

La vitesse commerciale du métro parisien varie de 21km/h pour la ligne 4 à 40km/h pour la 14 alors que le T5 est à 20 km/h, le T4 à 24km/h, le RER A 45km/h dans Paris et un bus pourvu d’une voie dédiée à une vitesse de commerciale d’environ 20km/h. Toujours pas capté ? Le métro parisien c’est juste un tram en souterrain ! En comparaison avec le vrai transport de masse dans d’autres pays, les vitesses commerciales sont bien plus élevées, les distances inter arrêt aussi réduisant le nombre d’arrêts ainsi que la capacité des rames. Et le RER ? Un « super Mass Rapid Transit » comme me l’a dit un expert du transport, soit un super métro.

Le modèle A représenté le réseau de transport parisien aujourd’hui et la C représentera le réseau parisien après la mise en service des nouvelles lignes du Grand Paris Express.

Stargate SG1 une analogie de notre monde

Nous avons tous entendu parler au moins une fois de Stargate SG1 ! Les aventures de la fameuse équipe du Colonel Jack O’Neill, avec deux « l » (petit clin d’œil aux fans) avec : le Docteur Daniel Jackson déjà présent dans le film de Roland Emmerich (sorti en 1994, à son apogée à l’époque avec Independence Day);  le Capitaine, Major, puis Lieutenant-Colonel Samantha Carter (faut pas oublier Docteur en astrophysique) et son entrée « fracassante », dans la salle de briefing bondée de testostérone de beaufs de l’armée de l’air américaine; et enfin le dernier personnage, le mec le plus badass de la Terre ou devrais-je dire de la planète Chulak (les vrais comprendront), le fameux Teal’c, le seul noir de la bande pour respecter les quotas des minorités. En dehors de ces clichés, la série met en exergue les enjeux actuels et passé de notre propre planète via une analogie de la géopolitique spatiale, autrement dit la « spatiopolitique » ainsi que le complexe de l’homme blanc.

« Et le fait que mes organes de reproduction soient situés à l’intérieur de mon corps, ne veut pas dire que je vous suis inférieure mon Colonel »  Samantha Carter #balancetonporc Episode 1, Saison 1

La conquête des étoiles : exploration et spoliation

Dès les premières minutes de la série, nous comprenons très vite que les Goa’ulds ne sont pas les mecs les plus cool de l’espace. Leurs objectifs sont assez limités ! Des méchants se faisant passer pour les dieux de la mythologie terrienne prennent les humains depuis la Terre, berceau des humains de la galaxie selon la légende Jaffa, pour les réduire en esclavage sur de nombreuses planètes de la voie lactée afin d’extraire le fameux « Naquadah » – l’uranium de l’espace – base de leur technologie dans l’optique d’asseoir leur dominance par la force et la conquête. Scénario de base très manichéen, mais représente tout de même les six derniers siècles de notre Histoire ! Déjà pas besoin d’être perspicace pour faire le lien avec l’esclavage des noirs : population d’Afrique, berceau de l’humanité, transportée en Amérique pour en exploiter les ressources et conquérir ce nouveau continent. Bien qu’à cette période « ils n’avaient pas d’âme », dans des cas bien particuliers, des noirs sont entrés dans l’Histoire en atteignant des sommets tout comme Abraham Hannibal, un moment Général en Chef d’armée de l’empire russe, ou encore Yasuke, premier étranger à devenir samouraï.

Les Goa’ulds arrivèrent sur Terre à la recherche d’un nouvel itinéraire dans la galaxie après une période de déclin de leur espèce. L’Europe, durant le Moyen-Age, est également à l’agonie suite à la guerre de Cent Ans, la Reconquista et la peste noire, mais s’en remet à la fin du XVème siècle annonçant le début des explorations à l’arrivée de la Renaissance. Ce renouveau qu’il soit pour les Goa’ulds ou les Européens marque une course à la conquête de nouveaux territoires. C’est le principal point en commun de ces deux espèces : explorer et conquérir.

Puis vint la révolte des esclaves. Nombreux sont les peuples de la galaxie, dont la Terre, qui ont chassé leurs dieux en scellant la porte des Étoiles : c’est le début de la décolonisation. On peut se poser alors la question de la raison qui a amené les colonisateurs, malgré leur puissance technologique a laisser faire. Bah c’est simple : la quantité de Naquadah à extraire diminue au fil des siècles et cela ne vaut donc pas le coup de mettre en branle toute la puissance pour mater 10 sauvageons dans une contrée lointaine. En effet, ça coûte cher d’envoyer des vaisseaux à l’autre bout de la galaxie en temps de guerre, car les Goa’uld se font également la guerre pour quasiment les mêmes raisons qui nous ont conduits à la Première et Deuxième Guerre mondiale. Alors leur stratégie se limita à la mise en place de chef local voué à leur cause qui envoie le peu de Naquadah restant par la porte des Étoiles sous la menace d’une attaque.

Stargate Porte des Etoiles
Découverte de la porte des Étoiles à Gizeh en 1928. Stargate, 1994 MGM

Une guerre froide des étoiles et politique d’ingérence encore d’actualité

Mais les Goa’ulds ne sont pas si cons que ça. Déjà ils sont d’accord sur le fait de se taper dessus comme des chiffonniers, mais ils sont surtout d’accord pour détruire toute civilisation qui « rivaliserait ou qui empiéterait sur l’espace Goa’uld ». Autrement dit, seuls les Goa’ulds ont le droit d’avoir des technologies au détriment des autres races. Cette politique est menée par certaines nations de notre planète à travers l’affaiblissement de puissances émergentes « n’adhérant pas aux mêmes valeurs ». L’exemple le plus probant est l’accès à l’armement de destruction massif.

Les puissances ayant acquis l’arme atomique ont toujours cherché à empêcher d’autres nations à avoir accès à ces armes et sont souvent l’origine de grands conflits ou ont servi de prétexte pour les déclencher. Bien que ces armes n’ont été utilisées « qu’à deux reprises », il semble improbable, et ce même pour la Corée du Nord, qu’un pays les utilise en situation de conflit. Nous sommes tous d’accord pour dire que l’arme atomique sanctuarise un territoire et les conflits actuels se résument plutôt à une bagarre de cité à base de « touche-moi si t’es chaud » – en dehors des nouvelles cyberguerres ou économiques. La loi du plus fort ne fonctionne plus avec les armes conventionnelles ce qui limite l’ingérence étrangère.

Cependant les Goa’ulds, en dépit de leur aspect belliqueux, sont capables de négocier. Dans l’épisode « Diplomatie » de la Saison 3, les Asgards (les kainris de l’espace) proposent au Colonel O’Neill de négocier un traité de non-agression avec les Goa’ulds. Lorsque j’ai vu cet épisode, je me suis dit : « Oh bordel on est balaise sa mère ». Bref, le traité proposé, ou plutôt imposé, par les Goa’ulds, consistait en l’abandon complet du programme Porte des Étoiles ainsi que le développement de technologies extraterrestres par la Terre en contrepartie d’une non-agression. En gros la Terre est devenue l’Iran de l’espace. L’Iran, isolé depuis 1979, s’est vu proposer l’arrêt des sanctions économiques en échange de l’abandon de son programme nucléaire. Ce qui, a fortiori, empêche la sanctuarisation du territoire iranien tout en ouvrant un nouveau marché pour les entreprises occidentales. Les iraniens, cependant, s’en sortent bien mieux qu’on pourrait le croire puisque son économie limitée par un plafond de verre peut enfin se développer avec comme corollaire l’accroissement de son aire d’influence suite à la chute de Saddam Hussein, à la Guerre en Syrie et la puissance du Hezbollah (mais c’est un autre sujet).

Stargate Arrivée des Goa'uld
Arrivée des Goa’uld au SGC pour négocier un traité de paix, MGM

Les Nations Unies des Étoiles

Dès la première saison de Stargate, on voit rapidement qu’en plus des Goa’ulds, d’autres civilisations peuplent notre Galaxie et, tout comme la Terre, ont formé « l’Organisation des Nations Unies des Étoiles » (ONUE). Cette « Nations-Unies », composée uniquement des quatre plus grandes races de la Galaxie (on peut parler effectivement de race ici), malgré la vingtaine recensées dans la série, ressemble plutôt au Conseil de Sécurité de l’ONU, mais sans l’ONU. Dans un premier temps il paraît évident que les forts de la galaxie, ou ceux de notre planète n’en ont rien à foutre des autres, qui constituent tout de même la majorité. Dans un second temps, que ce soit pour les Nations Unies des Etoiles ou pour l’ONU on n’a jamais compris l’intérêt ni même le rôle des deux.

Dans Stargate SG1, l’ONUE est composée des Anciens, des Asgards, des Noxs et des Furlings. Les Anciens ont disparu (plutôt effectué l’Ascension) ; les Asgards ont, tout comme les Américains, joué le rôle de gendarme de la galaxie avant de disparaître lors d’un suicide collectif (merci Raël) ; les Noxs ne se battent jamais, se contentent simplement d’occulter leurs cités ; et les Furlings sont inconnus au bataillon. En bref elle n’a servi à rien, pas même face à l’avancée des Goa’ulds ! Quid de l’ONU ? Le droit de veto des membres du Conseil de Sécurité met à mal toutes les résolutions particulièrement lorsqu’elles touchent les intérêts ou les pré-carrés de ses membres ou proches alliés (je ne mentionne pas le nom pour éviter de me retrouver dans le même cas que Dieudonné). Quand bien même le veto est utilisé, cela n’empêche pas les États membres de faire cavalier seul : Guerre Irak 2003.

Stargate Colonel O'Neill
Colonel O’Neill visitant la salle de conseil des 4 grandes races de la Galaxie MGM

Libre arbitre VS complexe de l’Homme blanc

Il existe tout de même une divergence entre la série et notre monde sur le rapport aux autres civilisations. On a tous eu en philo le fameux cours sur les civilisations où se pose la question des critères permettant de juger l’avancement d’une civilisation. Quoi qu’il en soit, cette supériorité des races ou des États s’exprime particulièrement à travers la manière dont ils voient la galaxie ou le monde. Ce qui revient particulièrement dans Stargate SG1 c’est le fait que les races, aussi avancées soient-elles d’un point de vue technologique, ne donnent jamais accès à leurs technologies aux « races inférieures », « primitives » ou « jeunes ». Dans l’épisode « les réfugiés » de la saison 1, l’équipe SG1 rencontre un peuple, les Tollans, issu de la Terre dont la technologie est l’une des plus avancées de la série. Leur chef explique le refus de sa population de partager leur technologie suite à un évènement qui est à l’origine de la destruction de leur planète. Ils ont partagé leur technologie avec une planète habitée de leur système solaire, mais les nations qui l’a composent se font fait la guerre et ont détruit leur planète ; cela a eu des répercussion sur leur propre planète.

Ce refus de partager la technologie avec la Terre, bien qu’il soit purement scénaristique – dans le cas contraire, la Terre aurait été protégée en trois épisodes – , trouve son fondement dans l’Histoire de la Galaxie. Les Asgards ont protégé les populations humaines dans la galaxie tout évitant d’interférer dans leurs croyances divines afin d’éviter de brusquer ou de perturber leur « développement naturel ». Quant aux anciens, dont les pouvoirs leur permettent d’annihiler toute la galaxie en une fraction de seconde, s’interdisent toute interaction avec les humains et prônent le libre arbitre. C’est là qu’est la différence avec notre monde !!

Durant notre histoire, chacune des conquêtes et colonisations s’est soldée par l’assimilation de la population par le conquérant avec des conséquences désastreuses pour les populations victimes. Cela s’illustre par le découpage des pays colonisés où plusieurs ethnies se retrouvent abandonnées du jour au lendemain dans un état pour lequel aucune d’entre elles ne s’y retrouve réellement. Le jeu d’acteur de ces ethnies ainsi qu’une ingérence des anciennes puissances colonisatrices ont imposé un modèle de gestion et de gouvernance du pays incompatible avec la culture locale. Il ne faut pas oublier que les démocraties occidentales sont nées après un long processus qui a marqué leur Histoire (cela ne concerne pas tous les pays). Ainsi, c’est tout un contexte local après une longue période d’instabilité que la France est arrivée à la Vème République, la plus stable et la plus longue de son histoire alors que les « démocraties » d’Afrique sont pour la plupart soit instables, avec des guerres civiles ou luttes armées, soit gouvernées d’une main de fer ; sans compter l’ingérence étrangère pour profiter des ressources.

Dans Stargate les Goa’ulds, en plus de la conquête des planètes imposent le culte de personnalité pour s’imposer dans les esprits de leurs nouvelles populations. Le Goa’uld Râ a interdit l’écriture pour ses populations de peur qu’elles développent une pensée critique et par conséquent une émancipation idéologique qui serait à l’origine d’une révolete. Aujourd’hui, c’est une conquête des esprits qui s’opère à travers le soft power des nations d’une manière culturelle, économique et/ou idéologique. J’ai particulièrement été sidéré par l’accueil de Barack Obama par les Vietnamiens lors de sa visite à Hanoï en 2016. J’ai pourtant questionné les Vietnamiens à propos de l’horreur et de l’absurdité de la guerre menée par leurs grands-parents contre les yankees bah… ils s’en battaient les reins ; pour les vietnamiens, les États-Unis sont l’image de modernité et de réussite et ils semblent avoir oublié les bombardements massifs au napalm et les cascades d’agent orange qui aujourd’hui pollue leur nourriture. La seule chose qu’on retient c’est que Barack mange un Bo Bun l’air de rien à Hanoï : softpower.

Obama
Obama dégustant, l’air de rien, un bo bun dans le vieux quartier de Hanoï

En bref Stargate SG1 est la série qui nous donne une leçon sur notre histoire et comment notre planète bleue est arrivée là. Les nombreuses analogies avec cet univers montrent bien dans quelle mesure l’histoire de la série est semblable à la nôtre et qu’on devrait s’en inspirer : principe de libre arbitre donné aux populations les « moins avancées » tout en évitant d’interférer dans leur philosophie et culture.

Ce qui est certain, c’est que l’idéologie occidentale s’est imposée aux autres à tel point qu’on l’oublie, tout comme Sarkozy lors de sa visite à Dakar où il a dit que « l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’Histoire », l’Histoire des autres. En fait il faut juste laisser les populations évoluer selon leur propre chemin et non s’offusquer de leurs pratiques parce qu’elles sont différentes. L’Arabie Saoudite vient de donner l’autorisation aux femmes de conduire et a autorisé les l’implantation de cinémas dans leur pays après des décennies d’interdiction. L’évolution des sociétés est lente et surtout endogène.