Un 10, mais pour faire quoi ?

Dans le foot comme dans la vie, tout est un éternel recommencement et l’hégémonie suprême des milieux relayeurs des dix dernières années se retrouve remise en question par l’instauration d’un milieu avec un 10 ou un MOC pour vous autres fans de FIFA. Depuis quelques années, des équipes se remettent à placer un joueur au cœur de leur jeu offensif : Tottenham avec Eriksen, le Real Madrid avec Isco, Lyon avec Fekir,  Marseille avec Payet etc. Thomas Tuchel le nouvel entraîneur du PSG a un projet derrière la tête : faire de Neymar le N°10 du PSG.

Essayons maintenant de voir ensemble quelles peuvent être les clefs du succès du PSG avec un 10 de la qualité de Neymar. On verra d’abord des grandes équipes qui ont marché avec des 10 puis comment le PSG peut s’inspirer des celles-ci pour tenter de faire mieux que ce qu’on a vu pour le moment. 

Toi, fan de FIFA, qui jure que par des acronymes barbares tel que MOC, MDC et autre AVG, va sur ce site pour comprendre un peu la correspondance entre les chiffres et les postes !
http://epstoulon.footeo.com/page/football-les-differents-postes-numeros-et-roles-des-joueurs.html
Ca te permettra de comprendre la dénomination chiffrée des postes que je vais beaucoup utiliser.

A tous les numéros 10 dans ma team

Pour les aficionados de football, quand on évoque le numéro 10 tout de suite une lueur apparaît dans leurs yeux. Quand on parle de 10, on parle bien sûr du meneur de jeu et pas seulement du joueur qui porte le 10 sur son dos. Oublions donc ces joueurs qui ont osé porter ce numéro sans pour autant savoir l’assumer comme Lass’diara, Julien Faubert et autres hérétiques.
Le vrai meneur « à l’ancienne », comme disent les anciens, c’est le dépositaire du jeu offensif, celui qui mène les attaques en fonction de ses inspirations et des mouvements de ses coéquipiers. Le 10 est celui qui va créer pour ses coéquipiers et celui-ci qui crée qu’avec l’aide de ses coéquipiers. La liste des 10 de légende est non exhaustive, si tu demandes à ton père il te parlera surement de Maradona,  Platini, Socrates ou  encore Zico. Quant à tes grands frères ils te parleront de Rai, Zidane, Totti, Riquelme, Aimar, Kaka ou Sneijder.
Et toi jeune millennial ! T’en connais pas des masses, et c’est normal.

En effet, depuis le Barça de Guardiola, soit maintenant dix ans, le 10 a disparu pour être remplacé par des 8, des profils relayeurs, hybrides comme Iniesta, Xavi, David Silva, Fabregas, Modric ou Kroos. Ces relayeurs peuvent être au pressing, récupérer, relancer, organiser sur leur côté du terrain et parfois conclure. Il y a eu aussi l’avènement du faux 9, dont la démocratisation de l’utilisation a été initiée par Spalletti à la Roma avec Totti et par Guardiola avec Messi au Barça. Ce faux 9 occupait la zone de prédilection du 10, sans pour autant apporter la touche d’organisation et de créativité propre au 10.

Le 10 est un profil beaucoup plus offensif que le relayeur, il est moins amené à assurer un travail de repli défensif, même s’il peut être le premier à mettre le pressing sur la relance adverse. Ses tâches sont presque exclusivement offensives ; dans la moitié de terrain adverse c’est par lui que doivent passer les actions offensives. Le 10 doit dicter le jeu par des passes ou exploiter des espaces via les déplacements des autres joueurs pour se créer des situations de tirs ou lui permettant de délivrer des passes clés qui doivent aboutir par des buts.

Ainsi en 2006, grâce aux mouvements permanents des latéraux, Abidal et Sagnol, des ailiers Malouda et Ribery et des appels de Thierry Henry, Zinedine Zidane avait une équipe lui permettant de dicter le tempo des offensives et ainsi faire peser une menace quasi permanente sur l’adversaire, même quand l’équipe n’avait pas le ballon. C’est ce qui le rend précieux ! Ainsi, une équipe comme l’Inter Milan 2010, qui a fait brillé Wesley Sneidjer au poste de 10, laissait volontiers la balle à l’adversaire afin de procéder par des contres où Sneidjer pilotait des attaques en construisant grâce aux appels de Maicon, Eto’o ou Pandev tout en s’appuyant sur Diego Milito alors dans la forme de sa vie

Ces équipes jouaient dans un 4-2-3-1:

L’avantage de cette formation est que le 10 a énormément de mouvement autour de lui, ce qui lui permet de choisir d’attaquer d’un côté tout en renversant le jeu de l’autre côté pour surprendre l’adversaire. En phase défensive le travail des latéraux et des ailiers permettent également d’assurer une solidité défensive et une relance propre par le biais des milieux de terrains.

L’autre option possible est de jouer avec un diamant au milieu, l’équipe adoptant ce système qui me revient de suite est le Milan d’Ancelotti de 2005-2006 demi finaliste de la C1 qui perdit dignement face au grand Barça de Ronaldinho.

4-1-2-1-2

Dans ces équipes les 10 présentent des caractéristiques communes, une technique phénoménale, une vista (vision de jeu) innée et une qualité de passe extraordinaire ainsi qu’une bonne capacité de finition. Mais la où Zidane et Sneijder étaient monstrueux dans la qualité de passes longues ou courtes, Kaka au Milan AC étaient un meneur qui utilisait sa vista et sa vitesse pour créer des situations où il cassait des lignes par ses courses et ses dribbles. Ces artistes ne pouvaient exister QUE grâce à l’abattage important d’un milieu de terrain souvent composé d’un récupérateur destructeur du jeu adverse et d’un joueur qui se projette en avant. L’action conjointe de ces deux joueurs permettaient aux 10 d’avoir le ballon dans les pieds. Les profils peuvent varier, ainsi le rôle de 6 récupérateurs était dévolu à Makelele en France et Vieira devait assurer la projection. Au Milan AC, Gattuso agissait comme ratisseur de ballons et de premier relanceur vers Pirlo qui devait lui assurer la projection vers l’avant à l’aide de Seedorf ou Kaka. AUEn fonction des caractéristiques actuelles du PSG, il serait intéressant de les voir évoluer dans un système similaire de celui du grand Milan.

4-1-2-1-2

Touchez pas à leur postes !

Une solution à envisager serait de s’inspirer du Milan d’Ancelotti avec Verratti en 6 devant la défense : Marquinhos ou Lassana Diarra qui devraient effectuer la basse besogne et Rabiot assurerait le piston attaque défense. Pour cela il faudrait qu’enfin certains joueurs se fixent à des postes définitifs.
Ainsi il faudrait que Veratti, déjà 26 ans, soit enfin installé en sentinelle. Son dynamisme, sa hargne et ses qualités techniques extraordinaires lui donnent un grand potentiel sur ce poste. N’oublions que c’est dans ce rôle que Zeman l’avait révélé en 2012. Celui qu’on appelait le nouveau Pirlo peut envier à son aînée sa vista, son sang froid et sa qualité de passe dans les 30 derniers mètres mais compense ce déficit par une justesse technique hors pair et une qualité de pressing très intéressante. Son absence s’est fortement faite sentir à Anfield, le milieu parisien n’ayant jamais trouvé la solution pour relancer face aux pressing des Reds.

Rabiot, tel Seedorf, devrait être un « box to box » capable de couvrir tout le terrain et de faire le lien entre l’attaque et la défense permettant de récupérer, relancer, se projeter et parfois même marquer. Même s’il semble encore se chercher, le français possède toutes les qualités physiques et techniques pour occuper ce poste et ainsi permettre à son équipe de remonter son bloc en fonction des besoins du match mais également de couvrir les allers retours permanent de Meunier de son côté. Enfin au poste de ratisseur de ballon, il faudrait que Lassana Diarra et Marquinhos tournent pour que le PSG puisse avoir une option permettant de récupérer le ballon proprement.
Avec des latéraux très offensifs et des attaquants pas avares en appels, Neymar aurait alors à sa disposition une équipe polymorphe qui pourrait répondre à sa créativité. En effet, il  pourrait en fonction des besoins  aller chercher le ballon encore plus bas pour jouer entre les lignes ou encore au contraire attendre que le bloc remonte, dézoner et créer ainsi le danger un peu partout sur le terrain avec toujours des solutions autour de lui pour construire. Les possibilités offensives deviendraient alors dépendantes du génie et de la créativité du Ney.

Ces dernières années en le mettant attaquant gauche, ses différents entraîneurs ont beaucoup misé sur ses capacités de dribbles et de percussion pour éliminer ses vis-à-vis et se retrouver ainsi dans en position de passe, de centre ou de tir. Dans ce registre il pourrait donc jouer bien plus pour les joueurs qui l’entourent. De plus, en le mettant au cœur du jeu offensif, on pourrait davantage voir sa qualité de passes et ses capacités à orienter le jeu, ce qui serait une évolution intéressante dans la carrière du brésilien que l’on voyait stratosphérique du côté de Santos. Pour cela il faudra aussi qu’il gagne en sobriété car un 10 étant bon que quand le fantastique rime avec réalisme. Le geste de génie qui débloque une situation, souvent l’apanage des 10, doit être une exception à la règle de sobriété requise.

Donc Neymar en 10 oui ! Mais il faudrait que chaque joueur joue enfin à son poste et c’est bien là que les analyses tactiques atteignent leurs limites. Faire adhérer au projet de jeu relève de compétences managériales impératives et c’est sur ce point que le PSG pêche le plus depuis l’arrivée des Qataris avec en corollaire une gouvernance de bon père de famille mise en place par Nasser qui a entraîné une république des joueurs où chacun agit selon son bon vouloir. Neymar la diva semble accepter sans broncher son nouveau poste, tandis que les lieutenants comme Marco et le Duc se montrent plus réfractaires à l’idée de jouer dans ce système. Malgré tout, le salut semble passer par là pour enfin progresser et entrevoir des soirées de Champions League en avril…

 

PS:

Compil du dernier meneur aussi beau à voir jouer que victorieux:

 

Quand le « Special One » devient « Spécial Mou »

Le football a ses superstars, des personnages qui dépassent la mêlée par leur parcours et parfois leur personnalité.
Mourinho a longtemps bénéficié de ces deux atouts qui ont fait de lui la superstar des coachs. Mais celui qui a eu un rayonnement majeur de 2003 à 2010 c’est peu à peu mué en caricature de lui même.

Le special one

Déjà faisons des rappels historiques, de 2004 à 2010 Mourinho est probablement le coach le plus bankable du monde, grâce à deux ligues des champions remportés avec deux équipes différentes et l’avènement au pouvoir d’un nouvel entrant.
Tout commence par la retentissante victoire de 2004 avec Porto, une victoire au nez et la barbe des plus grands clubs Européens. Une victoire Mourinhesque, du talent, des larmes, de la sueur et du sang, pour ce qui restera le plus grand exploit du football moderne de club.
Porto 2004, laisse déjà transparaître ce qui sera le style Mourinho pour les années à venir: une équipe de guérilleros, prêt à créer une révolution sous les ordres de leur commandant Mourinho qui proposent des tactiques qui sont basés sur la constante adaptation à l’adversaire, il y a des idées de football et du jeu mais pas vraiment de dogme du beau jeu, il faut être pragmatique planter en proposant du jeu par à coup et défendre avant tout pour assurer la victoire en se mettant en danger avec parcimonie.

Suite à ses épopées Portuanes, il débarque en Angleterre, à Chelsea longtemps considéré comme un club de seconde zone, mais qui grâce à son président/propriétaire Roman Abramotich commence à se constituer une crédibilité face aux cadors Anglais.
Mourinho débarque en  Premier League avec ce qui sera “son” Chelsea, club qu’il installe au sommet de l’Angleterre, qui était partagé entre Arsenal et Manchester United.Le mou arrive avec dans ses valises entre autres, quelques compagnons d’armes de Porto, Carvalho et Fereira, et Didier Drogba qui sera un de ses meilleurs lieutenants.
Le special one crée un  4-3-3 qui va dominer toute l’Angleterre encore très attachée au 4-4-2. Avec une équipe qui a probablement moins de talent que les autres écuries, mais plus de caractère et de couilles Chelsea va gagner la premier league pendant deux années d’affilée. De cette période de réussite domestique absolu, se dégage aussi des confrontations Européennes mythiques qui forgeront l’expérience de Chelsea et marqueront l’arrivée de Chelsea parmi les plus grands clubs Européens.

Au bout de trois ans de réussite,  arrive la rupture avec Roman Abramovitch, le président et propriétaire du club. Les désaccords mais certains pèseront plus que d’autre comme la nomination d’Avram Grant comme directeur sportif, ce qui ne plaît pas du tout à Mourinho, mais également l’ambition de “jouer mieux” clairement exposée par Abramovitch.
D’un commun accord les parties se séparent pour ce qui restera comme étant la naissance en Europe du Chelsea, qui s’installe parmi les plus grands d’Europe.

Guerilla pour le treble

Le temps de sonder les clubs, de se faire courtiser par les plus grands et de choisir un club qui lui ressemble, Mourinho atterrit à l’autre Milan, l’Inter. L’inter qui à ce moment performe depuis quelques années au niveau domestique, mais à besoin de franchir (enfin) le palier européen dans lequel excelle son frère ennemi rossoneri.

S’en suit des années de réussite domestique avec une équipe de taulards tauliers.De la défense à l’attaque cette équipe est taillée pour faire la guérilla sous les ordres d’un commandant.Ce commandant sera Mourinho, et ses officiers Lucio, Samuel, Cambiasso, Sneidjer, Milito ou autre Eto’o.Sur le terrain ça donne un  4-2-3-1, donc les phases d’attaques sont pilotés par Sneidjer et souvent conclues par Milito. Cette équipe avait une opacité singulière, qui était  assurée par tout un ensemble de joueurs qui auraient pu survivre dans les tranchées de 1914 à 1918.Tout cela aboutira par un chef d’œuvre de couille et de rage, la campagne de C1 de l’Inter en 2010 et le treble, c’est à dire triplé, coupe, championnat et C1, extrêmement rare au pays des quatres titres mondiaux et des vespa.
Mourinho fait ce qui sait alors faire de mieux, s’adapter à ses adversaires, proposer un jeu ou il procède par coups et par contres. Des banderilles bien placées qui arrivent à mettre à genoux ses adversaires. Les joutes allers-retours contre le grand Barça seront des chefs d’oeuvre à la théâtralisation mythique surtout quand on connaît la relation entre Mourinho et le FC Barcelone.
L’inter de 2009-2010 c’est probablement le paroxysme du style “Special One”, une équipe qui presse et attaque en fonction de l’adversaire,  une constante adaptation qui en fait le paroxysme du football pragmatique.Une équipe qui se veut dénué de conception idéologique quant au jeu et surtout . L’adhésion ultime des joueurs dans les idées tactiques de leur commandant entraîneur en témoigne l’attitude de Samuel Eto’o qui s’accommode d’une position de latéral gauche au match retour contre le Barça en demi-final de ligue des champions.

Départ pour tenter une révolution Madrilène

Après cette formidable saison, en seigneur, Mourinho pose ses valises dans le plus grand club de l’histoire : le Real Madrid.
A son arrivée en 2010, le Real Madrid est un club à l’agonie en Europe, qui ne dépasse plus les huitièmes depuis sept ans.

Mourinho ramène avec lui son ambition son charisme et sa capacité à s’adapter à toute situation ainsi que quelques joueurs, Ricard Cavalho, son vieux lieutenant et deux talents purs à polir :  l’ailier virevoltant de Benfica Angel Di Maria et le meneur de jeu du Werder de Brême et de la Manschaft Mesut Ozil.
L’équipe qu’il aura sous ses ordres, aura des qualités indéniables et proposera du football pragmatique, mais en développant plus de jeu, notamment en pressant moins bas et en proposant des transitions attaques défenses classes piloté par Xabi Alonso ou Ozil et conclues par Cristiano Ronaldo. On retiendra particulièrement la saison 2011 -2012 qui sera une réussite au plan domestique mais dont une élimination en demi en C1 donnera un arrière goût d’inachevé pour les supporters Madrilènes.

Les années Real seront aussi marquées par les confrontations titanesques entre le Real et le Barça. On pourrait aussi résumer ces confrontations par le duel Pep Guardiola contre Mourhinho. Deux entraîneurs qui était à ce moment les meilleurs du monde, l’un par une conception très ésthétique du football, l’autre par une conception très pragmatique.Les premières confrontations tournent largement à l’avantage du catalan, son football chatoyant fait mal, l’esthète donne la leçon au commandant Mourinho.Ce sont batailles perdues, mais la guerre idéologique commence.Et le Special One ne sortira tout à fait Indemne de ces batailles.

Avec ces joutes, toutes les ambitions d’adaptation permanente disparaîtront pour laisser la place à du football pragmatique, mais souvent binaire.Pour résumer l’idée, cela s’apparente à gagner à tout prix , quitte à monter l’autobus devant les cages et proposer du jeu chiant au possible.Comme si le Mou se construisait contre la pluralité des idées footballistiques d’un Pep, Mou abandonne ce qui faisait son génie, ses constantes adaptations, pour proposer du football stéréotypé.

Après s’être mis l’équipe et la direction a dos, Mourlnho quitte le navire Madrilène, non sans avoir permis au real de passer les fameux huitième et surtout avoir construit une équipe qui sera en grande partie celle qui gagnera la C1 en 2014.

Happy one to mou one.

Après avoir passé quelques temps à oublier un peu le foot, le special one qui s’auto présente en 2013 comme le “Happy one” revient sur ses terres qui l’ont porté aux nues.
Le mou revient à Chelsea pour achever ce qu’il lui a manqué lors de ses premières années au manettes, une victoire en C1.
La carrière de Mou présente quelques particularités, notamment celle de toujours gagner dès la deuxième année. A Chelsea il gagne le titre dès la deuxième année.Mais sur le terrain personne n’est dupe, le jeu est stéréotypé, ça marche, mais c’est triste. De la gestion sans risque de matchs qui certes amène vers la victoire, mais ça ne fait vibrer personne, surtout pas Eden Hazard qui se plaint de jouer dans une équipe qui ne veut pas du ballon.En Europe, ces années coïncident aussi avec médiocrité, l’élimination par l’Atlético, en perdant à domicile en quart , et par le PSG réduit à 10 en huitième ponctuent des prestations ternes.
Un début de saison bizarre  2015 et le happy one passe à la trappe.Les rumeurs se veulent persistantes, Mourinho souhaiterait à tout prix coaché le plus grand club anglais des 20 dernières années, Manchester United et cela tombe bien depuis le départ du sir Alex Ferguson, Manchester a besoin de retrouver son statut.

Le Special One puis Happy One arrive en mode Spécial Mou.
Le commandant n’a plus le couteau au bord des lèvres, première saison fade, il finit largué en championnat, mais arrive quand même à gagner la C3 sans vraiment donner une impression d’équipe irrésistible ou séduisante.Du football mou, on assure, on gère, on gagne, on range et on rentre.Cette année, le Mou en proposant du foot pragmanul est le deuxième de premier League derrière son Némésis le city de Guardiola, encore une fois ces deux figures polarisantes se retrouvent voisines et proposent deux visions totalement antagonistes du football.Sauf que Mourinho, donne l’impression de traîner son spleen sur tous les terrains, comme un commandant dont les meilleurs batailles seraient derrière lui, il semble avoir perdu toute ambition de grandeur au détriment d’une routine sans éclats.

L’élimination de la C1 contre Séville sonne comme la défaite de trop, pas tant sur le résultat, dans l’absolu ce n’est pas la fin du monde.Mais la forme représente une forme de fin de parcours, une équipe qui est autant dans le déni du jeu, est d’une tristesse absolu et ne mérite rien de plus.Et pourtant les armes que possède le mou ne sont pas mauvaises, mais aussi mal utilisés elles semblent émoussées.Commencer le match avec Fellaini, a la place d’un Mata ou d’un Pogba ou même des deux,est déjà une hérésie surtout quand on est en C1 et qu’il faut marquer à tout prix.Résultat, contre une équipe de Séville pas vraiment séduisante? mais qui propose du jeu, et surtout possède des joueurs qui ont plus envie, le mou perd, minablement, en laissant l’impression d’avoir rien tenté, rien de pire pour un commandant.

Est-ce la le symbole du chant du cygne pour cet entraîneur qui semble arriver à court d’idées ?Tout porte à croire que c’est le cas, en tout cas retrouver la fougue et la virtuosité tactique  de sa jeunesse semble de plus en plus une éventualité qui s’éloigne.
Quelles peuvent être les raisons de la cette perte d’envie?
Peut être que c’est dû à la longévité du bougre, quinze années à à haut niveau ça doit user mentalement, gagner autant de titres nécessite une constance dans la rigueur de tous les jours.
Pour rappel, à part Deschamps qui est sélectionneur et Wenger qui est encore aux manettes bien qu’il soit lui à bout de souffle depuis dix ans ans, il ne reste qu’une poignée d’entraîneur en activité de ceux qui exerçaient en 2003, au début de la carrière du Mou.
L’option qui pourrait nous faire retrouver le Mourinho, commandant, conquérant, le Special One est sûrement une prise en main de la sélection Portugaise, pour l’ amener  vers un titre qui manque dans son palmarès: une coupe du monde.
En attendant, comme il le dit lui-même, les résultats parlent, et dans ce registre c’est vrai qu’il aura presque toujours son mot à dire, même si nous spectateurs on se fait bougrement chier.

 

 

Neymar peut encore mieux faire

4 décembre 2017 – Allianz Arena de Munich. C’était le match que tout le monde attendait du côté du PSG , le premier vrai test de la saison et il s’est révélé négatif . Oui, c’est vrai, la rencontre aller s’était soldée par un cinglant 3-0 et l’éviction de Don Carlo du côté des Bavarois. Malgré tout, ce score ne révélait en rien le contenu du match et il était alors bien trop tôt dans la saison pour en tirer un quelconque enseignement pour la suite.

Au-delà du match raté des Parisiens, on peut surtout souligner le non-match de sa star brésilienne venue justement pour briller dans ce genre de soirées. Alors, quel premier bilan tirer de la mi-saison du Ney ?

17 buts, 13 passes décisives en 20 matchs disputés cette saison, le brésilien affole les compteurs. Mais comme l’a si bien dit notre ami ajaccien Christian Bracconi «  les statistiques, c’est comme les mini-jupes, ça donne une idée, mais ça ne dit pas l’essentiel ». Et oui, c’est qu’il n’a pas tort le cricri, car si les chiffres laissent penser à des prestations de haut vol de Neymar, la réalité est toute autre avec des matchs où il a frôlé l’inexistence. Loin de moi l’idée de le clouer au pilori, seulement un peu d’exigence pour ce joueur comme pour son club ne peut pas faire de mal. En effet, le PSG aura besoin d’un grand Neymar pour passer un cap, et réciproquement, lui-même aura besoin d’un collectif fort pour briller et obtenir son ballon d’or tant convoité.

Venu au PSG pour être enfin le leader de SON équipe, le résident de Bougival avait alors marqué de son empreinte son tout premier rendez-vous au Parc. C’est vrai, il ne s’agissait que d’un match contre Toulouse, mais au-delà du 6-2 infligé aux Dupraz-boys, nous avions pu observer ce soir-là une vraie grinta transmise aux 10 autres joueurs (y compris Rabiot tombé dans la nonchalance à la naissance), marquant alors une vraie rupture avec les matchs ronronnant de ligue 1 servis depuis l’ère Blanc. En effet, pour la première fois depuis longtemps, nous avions alors senti une équipe déterminée à écraser son adversaire, comme peuvent le faire les cadors européens.

La suite ? Une série de matchs de championnat dans lesquels le Ney s’est contenté du minimum avec une passe par ci, un but par là mais sans jamais poser son empreinte sur le jeu de son équipe à l’exception de la démonstration face à Bordeaux.  Alors oui c’est vrai, sur le papier la ligue 1 présente des matchs loin d’être sexy avec des déplacements chiants, n’ayons pas peur de le dire,  à la Mosson ou Gaston-Gérard. On nous balance sans cesse que les matchs qui comptent vraiment pour le PSG et Neymar sont les rencontres de Champions league et les confrontations face au big 4 français. Pourtant, l’expérience des années précédentes montre qu’une fois le printemps arrivé, l’interrupteur switchant le niveau ligue1/LDC se retrouve vite en panne, à moins d’une implication tout au long de l’année permettant de se maintenir dans le « jus ».

Justement, la Champions, parlons-en. S’il y a bien une chose à mettre à son actif, c’est son efficacité et son niveau d’investissement dans ces rencontres-là. Avec ses compères d’attaques Cavani et Mbappe, il permet au PSG de battre le record de buts inscrits par un club en phase de poule (27 buts, l’ancien record de 24 buts étant jusqu’alors détenu par Dortmund). Symboliquement, c’est lui qui ouvre le compteur au Celtic Park au terme d’un match frôlant la perfection, tant individuellement que collectivement, face à une équipe qu’il retrouvera quelques semaines plus tard au Parc avec la même réussite. Face au Bayern, son premier gros morceau sous le maillot francilien, sa prestation est à saluer, surtout dans la configuration tactique choisie (voire subie ?) par son équipe, son bloc ne sortant que très rarement de ses 30 mètres. Buteur et passeur, il permet au PSG ce soir-là d’être incisif à chacune de ses rares sorties de balle.

Malgré tout, comme énoncé en préambule, LE match à ne pas rater pour le Paris Saint-Germain et Neymar était bien le match retour. Les plus indulgents diront qu’il s’agissait d’un match pour du beurre, les Parisiens étant déjà qualifiés, voire quasi assurés de s’emparer de la première place. Pour les autres, ce match était l’occasion à mi-saison d’envoyer un signal à l’Europe et d’aborder les 8èmes dans des dispositions psychologiques optimales, un avantage non négligeable quand on sait les lacunes dont ils ont pu faite preuve sur ce terrain-là. Face à une équipe démontrant une grosse force de caractère et voulant redorer le blason bavarois, jamais Neymar  et les siens n’ont pu sortir la tête de l’eau. Jamais l’envie qu’il avait démontrée lors de la remuntada de mars 2017 n’a transparu. Pis, s’il y a bien un joueur qui a tiré son épingle du jeu, c’est Mbappe censé être le jeune lieutenant et dont les progrès pourraient bientôt faire de l’ombre à la star auriverde.

Ce match est à mettre en parallèle avec le classique OM-PSG où, malgré un but (encore un), il n’a jamais mis l’investissement physique nécessaire à une telle rencontre et s’est laissé débordé par le traitement de faveur infligée par les olympiens, lui valant une expulsion en fin de match. Une perte de sang froid qui, sans l’intervention salvatrice de Cavani, aurait coûté la défaite aux Parisiens. Cette fois encore, une autre star de l’effectif avait fait de l’ombre au prodige. En espérant que Neymar ne souffre pas du syndrome Zlatan (même si lui collait des tartes à chacun de ses matchs face aux Olympiens).

Cette configuration est à double tranchant pour le club : depuis le début de l’ère qatarie, jamais les Parisiens n’ont eu un tel arsenal offensif, permettant ainsi à Émery de faire tourner son attaque. Malgré tout, cela peut vite devenir un problème de riche. En effet, si pour le moment la cohabitation entre les membres de la MCN semble saine, avec notamment Mbappe adulant Neymar, comme ce même Neymar adulait Messi à son arrivée chez les blaugrana, les maux de tête peuvent devenir plus persistants pour Émery et Henrique. On se rappelle tous  du pseudo penalty gate certes  un brin exagéré par la presse mais toutefois révélateur.  Quand on sait que Neymar a quitté le Barça pour être LA star de cette équipe, comment gérer sa relation avec Cavani pilier du club sur le terrain comme dans les cœurs ? Quid de Mbappe et son ascension plus que fulgurante ? Comment gérer sa réaction si jamais un de ses compères recevait le trophée de meilleur joueur ligue 1 devant lui ? Beaucoup de questions sont en suspens et  trouver les bonnes réponses sera la preuve d’une grande institution ne reproduisant pas les mêmes erreurs avec Neymar qu’avec Zlatan (encore lui).

Encore une fois, Neymar est venu à Paris pour faire passer un cap à ce club, lui permettre de manger à la même table que les grands d’Europe, et lui-même de trinquer avec Messi et Ronaldo. Une sorte de donnant-donnant. Même si les débuts du brésilien sont bons dans l’ensemble, nous ne pouvons qu’être exigeant devant un tel talent, et attendre beaucoup plus de lui dans la suite de la saison paraît plus que juste. La double confrontation face au Real permettra de savoir si le Ney est de la trempe des grands ou si lui aussi, à la manière d’un Zlatan, tombera dans le confort des titres successifs en ligue 1…

Que nous prépare Dédé ?

Cologne. 27e minute, contre-attaque bleue menée par Martial en 2 contre un, et gérée comme un patron par le grand Teuton Hummels, déjà bourreau de Varane en 2014.
34e minute. Action de grande classe sublimée par ce même Martial, qui n’est pas sans rappeler la pub Nike 1998 (vous vous souvenez dans l’aéroport ?).
Deux moments plus que représentatifs de ce dont est capable l’équipe de France sous l’ère Deschamps. Alors, dans quel état d’esprit et avec quelles (in)certitudes partir à Moscou cet été ?

(GIF)

C’est un fait, depuis plus de 11 ans maintenant, et la finale perdue face à l’Italie, les émotions (positives !!!) fournies par l’équipe de France se comptent sur les doigts d’une main : l’égalisation de Giroud en Espagne en 2012, le retournement de situation face à l’Ukraine en 2013, la « démonstration » en poule (oxymore footballistique) face à la Suisse en 2014… Pour le reste on repassera. Et l’Euro 2016 me direz-vous ? Il ne s’agit ni d’un oubli ni d’une volonté de se la jouer provoc comme certains chroniqueurs du PAF. Non, l’Euro n’est pas une réussite, non il n’a pas fait vibrer la France du foot. En réalité, seuls les novices (appelés communément footix) ont vécu cette compétition avec émoi, la faute à une Deschamps touch’ au mieux rigoureuse tactiquement, au pire ennuyeuse à en mourir ne pouvant être jugée que sur le tableau d’affichage. Un coach d’une autre époque en quelque sorte.

À la tête des Bleus depuis 2012, après la grève de Knysna et la piteuse image laissée par la génération 87 lors de l’Euro polonais, DD arrive dans un contexte délicat et a pour but prioritaire de redorer le blason du foot français vis-à-vis notamment du grand public qui s’en est détourné pour des sports comme le rugby ou le hand démontrant les fameuses « valeurs » du sport. Force est de constater que malgré des résultats compliqués et une qualification aux forceps pour le mondial brésilien, les bleus ressortent de la CDM 2014 avec un jeu pas forcément apprécié des footeux, mais une image plutôt rafraîchissante et un attrait retrouvé des Français pour son équipe nationale à deux ans de « son » euro. Toutefois, l’image ça va un temps mais n’oublions pas que nous parlons ici de l’équipe de France, double championne d’Europe, championne du monde, avec des joueurs ayant fait l’histoire de ce sport (Zidane et Platoche en tête) et une qualité de jeu parfois proche de la perfection, notamment sous Michel Hidalgo et son célèbre carré magique. La deuxième phase du projet Deschamps est donc d’obtenir des résultats concrets tout en démontrant une qualité de jeu plus séduisante. Malgré une finale à l’Euro, le jeu n’a guère évolué. Pis, il reste dans l’incapacité à tracer une ligne directrice à son équipe. Le problème n’est pas tant de jouer un jeu léché ou au contraire de mettre en place un bus digne des plus grandes heures du catenaccio italien.

Dans un passé récent, des équipes comme l’Italie 2016 ou l’Uruguay 2010 n’étaient pas, au sens strict du jeu, les meilleures formations. Mais avec un jeu rudimentaire, sans grande innovation et une débauche d’énergie impressionnante, elles ont réussi à gagner les cœurs, à marquer les esprits lors des compétitions qu’elles ont disputé.
Cependant de telles équipes pouvaient s’appuyer sur un matériel d’une grande fiabilité (BBC défensive pour l’Italie, Lugano – Maxi Pereira en Uruguay) sans forcément détenir des cracks confirmés dans ses rangs à l’exception de Forlan. En résumé des équipes remplies de testostérone. La question se pose alors des joueurs à disposition de DD.

La France, équipe de « feux follets »

Martial 85 M€, Dembélé 150 M€, Mbappe 180 M€, Pogba 120 M€, Coman au Bayern, Lacazette à Arsenal… Toutes les nations nous les envient, paraît-il même que nous détenons en France les meilleures pépites, nouveau mot à la mode dans le monde du football. Il est indéniable que ces joueurs ont tous quelque chose de différent, un talent pur leur permettant faire la différence à tout moment et débloquer les situations les plus délicates, comme Martial ce soir. Si l’on observe de plus près, ils ont tous comme principale qualité une faculté à éliminer leurs adversaires directs sans pour autant pouvoir poser le jeu comme seuls peuvent le faire Griezmann, Lemar ou encore celui dont on ne peut pas prononcer le nom K. B*****A. Ces profils assez communs apportent donc une limite à la volonté de créer du jeu mais comme nous l’avons dit précédemment, il faut assumer de laisser le ballon à l’adversaire tant que l’idée de jeu est cohérente. À la manière du PSG sur certains grands matchs avec la MCN, jouer en contre serait une possibilité intéressante, surtout avec les feux-follets qu’il y a devant. Encore faut-il pouvoir assumer de subir et donc avoir des tauliers en défense et au milieu de terrain.

 

C’est là que le bât blesse. À l’exception de Ngolo « Dendé » Kanté, valeur sûre du milieu des bleus et des blues mais en manque de charisme, l’effectif ne dispose pas de vrais leaders pour subir pendant des temps faibles importants sans rompre définitivement, même si la victoire miraculeuse contre l’Allemagne en 2016 s’est construite dans ce sens. Pogba n’a pas encore dépassé le stade du joueur YouTube, Matuidi malgré des débuts intéressants est retourné gentiment sur le banc bianconero avec le retour de Khedira, Rabiot et Tolisso même s’ils sont encore en progrès semblent encore trop tendre pour le niveau suprême. Idem en défense. Si la squadra Azurra a pu s’appuyer sur une défense centrale de bonhomme lors du dernier Euro avec des latéraux très percutant, l’affaire est bien moins ficelée pour nos bleus. Certes Umtiti et Varane réalisent de bonnes performances dans leurs clubs respectifs, mais les deux demeurent toujours des lieutenants de Piqué et Ramos, et n’ont toujours pas l’envergure de patrons de défense pouvant maintenir le navire à flot quand il prend des vagues. Les latéraux, poste ô combien important dans le football moderne reste le gros point noir du réservoir bleu-blanc-rouge : Jallet/Sidibé à droite et Digne/Kurzawa à gauche (en attendant pourquoi pas le retour de Benjamin Mendy) sont loin des standards mondiaux et ne permettent pas d’utiliser les côtés de manière optimale pour alimenter Giroud devant.

Malgré cela, la France a toujours la possibilité de réussir son mondial, de marquer de son empreinte cette compétition, encore faut-il définir ce que sera une coupe du monde réussie ? Que dira-t-on si la France sort en demi-finale avec des matchs bidons type France-Nigéria ? A contrario, si elle est sortie en quart avec une émotion transmise au public à la manière de l’Algérie face à l’Allemagne en 2014, pourra-t-on dire que le tournoi sera raté ? Les bleus doivent jouer leur va-tout, il est trop tard, après 6 ans de travail, pour tenter de mettre en place un schéma pseudo sophistiqué. Il sera très compliqué de gagner la coupe du monde, voire impossible. Il ne faut pas avoir peur de le dire car la peur de passer pour un rabat-joie ou d’être ridicule (cf. jurisprudence Aimé Jacquet/ L’équipe en 98) laisse au contraire la place à une trop grande enflammade dans beaucoup de médias. Typiquement, une victoire ce soir aurait fait passer la France au rang de favoris dans le panel médiatique français. A contrario, il ne faut pas non plus jouer les extincteurs chroniques et ne pas croire en cette équipe. Avec les talents présents devant, la France se doit d’essayer d’emballer les matchs et non de la jouer petit bras en « gérant » et en espérant un coup du sort qui n’arrive probablement jamais dans les matchs couperets. À la manière de la Russie à l’euro 2008, ou du Chili en 2014, la France peut être l’équipe frisson, l’équipe sensation de cette coupe du monde et créer une vraie émulation autour d’elle, même si cela ne ressemble pas à son coach et son pragmatisme limite maladif. Alors DD, lâche les chevaux, montre-nous tes dents, et fais-nous enfin kiffer !

 

Le cas Benzema

Benzema dans les stades

Benzema sur le terrain c’est l’attaquant de pointe du Real Madrid, celui qui a renvoyé sur le banc tous ses concurrents directs depuis son arrivée en 2009 dans le plus grand club du monde. Il a eu pendant ces 8 dernières années à être tous les jours en compétition avec des attaquants aux talents certains et reconnus, mais à chaque fois, une constante, Benzema est titulaire au détriment des autres.

Benzema  a un registre particulier, c’est l’attaquant de pointe mobile, le joueur qui te crée des espaces, qui joue toujours dans le sens du jeu et pour le jeu. Un attaquant unique dans ce registre, celui qu’on pourrait appeler un meneur d’attaque capable de pouvoir créer le danger de manière constante dans les 30 derniers mètres du terrain.

Même si le foot n’est pas une histoire de statistiques, mais d’hommes, un rapide coup d’œil à ses chiffres et l’on voit rapidement ce qu’est Benzema au Real, c’est un joueur qui facture au minimum 25 buts et 15 passes décisives par saison.

Si on s’amuse au jeu de la combinaison de ces chiffres (comme on le fait souvent en NBA), KB9 est responsable d’une quarantaine de buts par saison pour son club.

Cette polyvalence en attaque lui vaut le sobriquet par certains journalistes de « Scottie Pippen » de Cristiano Ronaldo.

Du nom de Scottie Pippen, Poste 3 des légendaires  Chicago Bulls, un joueur hors normes qui était meneur des attaques en triangle qui ont ramené tant de succès aux Bulls des années 90.

Scottie Pippen c’était le lieutenant du meilleur sportif de l’histoire : Mickael Jordan. Benzema serait donc selon certains, le lieutenant de Cristiano Ronaldo. Mais avec trois Ligues de champions, plusieurs Liga et le statut de meilleur buteur français de l’histoire de la ligue des champions, Benzema c’est un lieutenant de luxe.

Un joueur aussi performant, qui a un registre si particulier comment se fait-il qu’aujourd’hui il ne soit pas sélectionné en équipe de France, celle de Deschamps et celle de Griezmann ?

L’équipe de France de Deschamps, c’est du Realfootball, pas de doctrine pas de fonds de jeu, de l’adaptation et du réalisme très chanceux.

Mais dans ce flou idéologique il reste des constantes, notamment les joueurs en attaque : Griezmann et Giroud. Soit un numéro 9 pivot et un 9,5 capable de joueur derrière l’attaquant et d’animer les attaques des bleus.

Durant les phases de qualification et pendant les matchs amicaux des deux dernières années, Giroud et Griezmann sont responsables de beaucoup de buts et présentent sur le terrain une complémentarité tactique.

Les observateurs à juste titre soulignent le manque de talent de Giroud et son manque d’expérience à très haut niveau, mais voilà sur le terrain, même si on est très loin de Romario-Bebetto, Raul-Morientes ou plus récemment Falcao-Mbappe, il faut l’admettre Giroud-Grizi ça marche.

La complémentarité dans le jeu d’un Benzema avec un Griezmann, semble moins évidente que celle affichée entre Griezmann et Giroud.

Griezmann c’est le patron de cette Équipe de France il a le statut de pierre angulaire de cette équipe.

Ne l’oublions pas l’équipe de France à défaut d’un jeu léché ou flamboyant a toujours eu un leader, une tête de gondole qui doit amener l’équipe en terre promise. Ainsi sans un KB9 dans l’équipe le statut de Griezmann se trouve clairement établi et faut l’admettre même si c’est moche, ça marche.

Peut-être que le Scottie Pippen qu’est Benzema, peut aussi mettre en valeur et faire briller Griezmann comme il fait briller Cristiano Ronaldo ? On peut en douter, parce que Ronaldo et Griezmann n’ont rien en commun. Donc footballistiquement, Deschamps à ses raisons de ne pas prendre Benzema, comme d’autres grands joueurs avant (Cantona, Anelka ou Ginola..) Benzema n’a peut-être pas sa place dans cette équipe de France, en effet si c’est pour être remplaçant autant qu’il ne soit pas là. Car au niveau du talent probablement que c’est le plus grand talent du football français actuel, donc autant que l’équipe de France brille sans lui et lui sans l’équipe de France.

Benzema dans la vie civile

Karim Benzema, c’est ce joueur de cité, de la banlieue lyonnaise, plus précisément de Bron. Un petit de quartier difficile, qui a réalisé le rêve de millions de gamins dans le monde, celui de devenir titulaire au Real Madrid.

C’est un gars de cité qui est resté en contact avec les gens avec qui il a grandi, pour le meilleur et pour le pire. Rester en contact avec tes potes de jeunesse c’est honorable, mais il faut prendre en considération le fait qu’eux, il ne pourront jamais autant réussir que toi surtout quand tu es titulaire au Real Madrid.

Bron c’est probablement l’archétype de la cité de banlieue, celle où toute une jeunesse se réunit dans une solidarité saine et  parfois malsaine. Malsaine quand pour rentrer dans le moule ultra capitaliste et de l’hyperconsumérisme, ces jeunes sont prêts à prendre les raccourcis les plus dangereux pour réussir tout en maintenant cet esprit collégial, celle si bien résumée par Gradur et Ixzo, par leur refrain,  « On n’est pas tout seul » donc rester en contact avec ces gens, c’est aussi continuer à côtoyer des individus qui trempent dans des affaires douteuses et continuer à suivre leurs codes, car comme tout cercle social ils ont des codes particuliers.

Parmi ces codes on retrouve une notion du patriotisme particulière, celle de se sentir tiraillé par son pays d’origine et celui dans lequel tu grandis. Ce partage à plein de raisons sociales, et ses raisons doivent être comprises avant qu’on en critique les conséquences.

Benzema, par maladresse et en étant honnête a un jour avoué à un micro d’un ancien entraîneur, qui a mis le plus grand joueur de l’histoire sur le banc, qu’il préférait rejoindre l’équipe de France au détriment de l’Algérie pour des propos qui sont nuancés, mais derrière se cache un cœur partagé entre le pays de ses origines et le pays dans lequel il a grandi. Il se sent tiraillé comme toute une génération. Celle qui pendant longtemps a eu à affronter une pression médiatique constante envers le milieu social dans lequel elle a grandi.

Un milieu qui est montré du doigt, car à leurs yeux, il ne s’intègre pas assez, mais les médias omettent délibérément de parler de l’écrasante majorité de ces Français de banlieue, qui se sentent Français à leur manière.Je parle de ces individus qu’on peut appeler des caméléons capables de se fondre dans n’importe quel milieu, parce que c’est dans leur éducation et dans leurs gènes civiques.

Même si Benzema n’exprime pas par pudeur, son amour infini pour les textes de Voltaire, ou pour la blanquette de veau hallal.

Le procès qui lui est fait pour son manque de patriotisme est injuste. C’est vrai, Benzema ce n’est pas le plus expansif sur le terrain, mais il fut une époque, on reprochait à Fred, attaquant de l’OL de ne pas avoir le regard de tueur, mais quand c’est Benzema qui l’a, on parle de condescendance, peut-être une belle manière d’expliquer la géométrie variable à nos petits frères.

Bon, parlons du pire maintenant, cette sombre histoire de Sex-Tape, celle qui a fait office de goutte d’eau qui fait déborder le vase. Globalement il faut l’admettre dans cette affaire Benzema est complètement maladroit voir stupide.  Mais laissons la justice faire son travail, et usons de la présomption d’innocence.

Cette présomption d’innocence clamée haut et fort par les médias, lorsque les affaires touchent à ceux qui nous dirigent. Ces personnes qui ont un devoir d’exemplarité plus important qu’un footballeur de Bron.

Mais voilà, les médias préfèrent parler de ces gens quand c’est utile, pour vendre, faire élire leurs favoris et les laisser ensuite dans une grande tranquillité.

Benzema cristallise des passions, beaucoup sont insensés, mais à la fin, c’est un grand joueur, qui comme tout le monde a commis des erreurs, là où la rédemption est permises à d’autres, lui en est exempt, elle est là aussi l’injustice.

Donc « Didier la victoire », toi qui a connu sur les terrains les plus grands trequartista de l’histoire, mais qui ne veut pas prendre l’un des derniers de cette caste sacrée de joueur exprimes clairement ton choix pour qu’enfin on arrête de se passionner pour le retour éventuel de KB9 et qu’on puisse être tous derrière la bande à Grizi.