2h de trajet par jour, et alors ?

Mais pourquoi je fais de la peine à un intra-muros quand je dis que je passe deux heures de temps par jour dans les transports ? Pourtant ce n’est pas si chiant que ça, fais pas le malin la tendance s’inverse…

Ça commence systématiquement, lors d’une soirée branchée parisienne, par un « tu habites où ? » et dans la seconde après avoir dit « Sarcelles » je vois leur visage se décomposer tel un glaçon sur le parvis de la Défense un jour de canicule. Il y a deux raisons à l’origine de cette réaction : la première est « mais ça craint là-bas » et la seconde  » tu passes deux heures par jour dans les transports ? Mais comment tu fais ? Moi perso je pourrais pas « . Aujourd’hui je vais m’attarder sur la deuxième réaction. À cette dernière t’as envie de répondre  » connasse/connard” (#ecritureinclusive), je vais t’expliquer pourquoi passer deux heures dans les transports ce n’est pas si chiant que ça en a l’air. » Avant de continuer, je précise que lorsque je parle de 2h de transport par jour, je parle d’aller/retour.

Optimiser son temps de préparation

Il suffit de prendre le RER ou le Transilien pour se rendre compte que le temps passé dans les transports peut être d’une grande valeur. Pour les retardataires du matin, ceux qui ont des difficultés à quitter un lit bien chaud, la préparation pour ressembler à un travailleur lambda, se fait en deux temps : se vêtir et se brosser les dents et le reste dans le train.

Sans entrer dans les clichés, je ne compte même plus le nombre de femmes qui se maquillent durant les 20 minutes séparant Garges-Sarcelles de Paris Gare du Nord ; celles dont la dextérité, malgré l’étroitesse de la place assise, ferait pâlir les youtubeuse tuto. Il y a ceux qui, profitent de ce moment pour se laisser bercer par les secousses du train pour retrouver les bras de Morphée histoire de terminer la nuit de sommeil ; ceux qui lisent des bouquins, ou font semblant. Yes ! Je suis devenu quelqu’un de cultivé en lisant des dizaines de bouquins ; d’ailleurs la SNCF elle-même, promeut la lecture dans le train histoire d’avoir un truc sous la main au cas où tu aurais une heure d’attente parce qu’un nième incident allonge encore plus ton temps de parcours. Je pourrais développer un bon moment sur l’intérêt du temps passé dans le train, mais je vais faire bref avec une liste non exhaustive de trucs que les banlieusards et les provinciaux, ceux qui prennent viennent tous les jours des provinces limitrophes :

  • Réviser ses examens parce que t’as eu la flemme la veille ;
  • Écouter l’ensemble de ta playlist spotify pour continuer un réveil en douceur et se motiver pour ta journée de merde au boulot ou à la fac ;
  • Préparer ses réunions ;
  • Regarder des séries Netflix, j’ai 4 saisons de série à mon compteur, parfois je termine les 10 minutes restantes en bas du bureau caché dans un coin ;
  • Jouer à Candy Crush ou Farmville ;
  • Répondre aux messages auxquels on avait la flemme de répondre ;
  • Lire le 20 min, Métro et si tu as de la chance un vrai journal datant d’une semaine abandonné sur un siège (le Canard enchaîné sur la ligne D nord et B et le Parisien ou Capital sur la ligne A etc.)
  • Lire les articles et écouter les podcasts des Kaméléons
  • Réflexions existentielles quand on a plus de batterie.
Gare de Garges-Sarcelles RER D

Gare de Garges-Sarcelles RER D, les kameleons, 2018

Mine de rien parfois je mets moins de temps qu’un intra-muros

On a souvent du mal à y croire, mais parfois je mets moins de temps à joindre un endroit à Paris qu’un intra-muros. À tort, on a tendance à croire que les parisiens, parce qu’ils ont le métro, mettent moins de temps que les banlieusards. Bah en fait pas forcément ! Les experts des transports urbains (genre moi, oui car un banlieusard connaît bien mieux les temps de trajets que l’appli de la RATP et surtout j’ai un master en Transport d’humains), en plus de dessiner les lignes (bus tram métro et train) en réseau, se focalisent sur deux principales variables : les changements d’une ligne à une autre et la « vitesse commerciale » qui représente la vitesse moyenne d’un terminus à un autre. En gros c’est ce qui permet à votre application RATP d’estimer votre temps de parcours. Pour les curieux j’ai écrit un petit truc, un peu technique plus bas.

Le RER, quand il fonctionne bien sûr, est le plus rapide des modes de transport en Ile-de-France, mais pas qu’en vitesse. Son réseau constitué en étoile dont les branches banlieusardes se réunissent dans le centre de Paris est aujourd’hui représenté comme une tare, car il n’existe pas de connexions banlieue à banlieue – je vois l’aéroport de Charles de Gaulle depuis ma chambre à Sarcelles alors que je suis obligé de passer par Paris si je veux y aller en transport alors que je mets à peine 20 minutes en voiture – , mais on oublie qu’il constitue également sa force. Prenons l’exemple du RER D, il traverse sur un axe nord/sud la Gare du Nord, Châtelet-les-Halles et la Gare de Lyon permettant une interconnexion avec les lignes stratégiques du métro (genre à Ligne 1 ou 14, parce que la 3bis et la 7bis ne comptent pas vraiment…). Idem pour la ligne A du RER avec un axe est/ouest desservant la Nation, Gare de Lyon, Chatelet-les-Halles, Auber, et Charles de Gaulle étoile. Cela explique en partie les raisons pour lesquelles la ligne A est la ligne la plus fréquentée d’Europe (ce n’est pas vraiment un exploit…) avec ses un millions de passagers par jour (Cf plus bas pour plus de chiffres). Bref, fais rarement plus d’un changement ce qui explique pourquoi je mets une heure à atteindre tout point dans Paris alors que les déplacements d’un point à un autre de Paris nécessitent souvent deux voire trois changements avec un trajet debout… Après 3 correspondances et un trajet debout, t’arrives au boulot en transpirant comme un porc.

Les dessous du RER : pannes, bagarres, grève et sexe (Bernard sors de ce corps !!!!)

J’ai fait l’éloge du RER et je vois arriver la connasse ou le connard qui est à l’origine de cet article avec « nan, mais avoue que le RER craint quand même avec toutes les pannes, les retards, les cas sociaux les agressions ».

Je lui accorde du crédit concernant les pannes. ***************que ça me ********* de pannes de ********* ou les ******** retards parce qu’un cheminot sympa (il faut les caresser dans le sens du poil, sinon ils paralyseraient la D) n’a pas pris son service ou encore les aléas météos. Quand il faut trop chaud les caténaires explosent et les rails se dilatent ; quand il fait trop froid, les rails peuvent casser ; et quand c’est l’automne, les feuilles et les branches sur les rails empêchent le train de rouler. À croire que le train fonctionne normalement au printemps… le RER fonctionnerait bien dans un monde parallèle ou imaginaire.

Aiguillage du T5

Aiguillage du T5, imaginez ce phénomène sur la centaine d’aiguillages de la Gare du Nord, Les Kameleons, 2018

Pourtant la SNCF et la RATP s’attellent tout de même à rénover et leurs infrastructures parce qu’elles ont pour la plupart plus de 40 ans et la durée de vie d’une voie ferrée est justement de… 40 ans. Ces travaux permettront à terme (dans 20 ans quoi, c’est pas une blague) de réduire considérablement les incidents techniques d’exploitation et donc d’améliorer la qualité de service pour les voyageurs. Mais en attendant, les travaux se passent durant les extrêmes soirées et week-ends et des services de bus de substitutions sont mis en place, mais il faut tout de même compter 30 min  de plus à un trajet déjà long si ces services fonctionnent bien…

Quant aux cas sociaux c’est du lourd, mais du méga lourd ! J’inviterais même les touristes, amateurs de sensations fortes à faire des portions de RER. En dehors des alcoolos, roms, fumeurs de joints, voleurs à l’arraché, etc. (des « petits trucs quoi ») communs au métro, le RER c’est folklorique ; c’est « « Alice au pays des merveilles » ou « le monde de Narnia », une aventure de bout en bout ! Il y a ceux qui pique-niquent, les odeurs conjuguées de mets délicieux provenant des quatre coins du monde vous titillent les narines à toute heure de la journée et des emballages sous les sièges. On assiste alors à un ballet d’emballages rythmé par les accélérations et décélérations du train. Il y a aussi ceux qui se coupent les ongles ou se curent le nez l’air de rien et, comme dirait Ronald, ils te balancent un « quoi ? » lorsqu’ils aperçoivent l’étonnement sur ton visage. Genre c’est aussi normal que de lire un bouquin…

Dans un registre plus extrême, il y a les bagarres, ça met un peu de piment et provoque une petite montée d’adrénaline histoire de rendre le trajet moins monotone. Ça commence souvent par un « pourquoi tu me regardes ? » ou « pourquoi tu me pousses », et ça tourne en duels Western Spaghetti avec le mec qui dégaine la première patate de forain. Toujours dans le registre western, les passagers d’une rame entière de RER D ont été dévalisés par une vingtaine de jeunes à Grigny en mars 2013. Nan, c’est pas une fakenews de l’extrême droite ! Ils ont bloqué une rame de RER et dévalisé les passagers des wagons un à un.  Parfois, la tournure est plus tragique et c’est pas drôle…  Un jeune de Grigny a été poignardé à la station des Halles il y a quelques semaines suite à une simple bousculade, dont l’embrouille est montée crescendo jusqu’à la sortie d’une lame. Le journal du  Parisien ne manque pas de petits articles dans la rubrique faits divers où les agressions, les rixes et les morts ne manquent pas. À croire que le RER D c’est Mexico.

Sinon pour terminer dans une note moins morbide et plus fun, le RER est aussi un lieu  d’expression corporelle. On a tous vu, ou du moins essayer de voir, la fameuse vidéo d’il y a quelques semaines dans laquelle on voit un couple en plein ébat dans une rame de RER en journée… La génération Snaphchat nous a permis d’entrevoir tous les angles de cet ébat. La SNCF a d’ailleurs porté plainte pour exhibitionnisme, mais elle devrait surtout s’attaquer aux agressions sexuelles et la violence des vols à l’arraché que subissent les femmes. Comme je l’ai dit, la réputation du RER D n’étant plus à faire, il fait tristement l’objet d’agressions imaginaires. Souvenez-vous lorsqu’une femme a porté plainte pour une agression antisémite par six hommes dans le RER D. Bien plus tard cette affaire, portée par les médiats et les déclarations politiques, cette femme a été jugée pour « dénonciation de délit imaginaire », elle voulait juste attirer l’attention. Et, dans un registre plus laïque, le RER D est aussi un lieu de prêche :  terrain de prédilection des évangélistes, j’y ai le droit un jour sur deux soit dans le train soit à la Gare. À les écouter, j’ai vécu 15 retours de Jésus et 10 fins du monde, je suis un vrai warrior !

Je terminerai ses mots par une petite lettre :  “Cher-ère connard/connasse, ouais je passais deux heures par jour dans les transports pour bosser ça peut sembler relou, mais ça permet d’optimiser pas mal de choses et on ne s’ennuie quasiment jamais dans le RER. En bon flemmard, je préfère passer deux heures assis qu’une heure à cavaler d’une ligne à une autre tous les 4 arrêts. Parfois c’est moins cool, quand j’arrive avec 30 minutes de retard à une réunion ou à un exam et quand tu me dis « fallait prendre le train d’avant » j’ai juste envie de te foutre une balayette laser (big up Bonjour Tristesse) . Il est vrai que les odeurs un peu assassines des RER donnent un peu la gerbe, cette gerbe je la retrouve aussi sur la Ligne 14 quand tous les cols blancs sont arrosés de parfum et d’après rasage.

Quant à l’insécurité dans les transports, elle résulte plus de la politique de l’exploitant (RATP/SNCF) que des passagers qui l’empruntent. Les conducteurs de la ligne 12 évitent certains arrêts parce qu’il y a trop de camés et les seringues me font plus flipper qu’un prêcheur du matin.

Paris n’est plus seule ! Aujourd’hui, je travaille à trois arrêts de RER D ; la tendance s’inverse au profit des banlieusards avec à la fois une augmentation significative des bassins d’emploi en banlieue (Plaine Saint-Denis, Montreuil, Gennevilliers, etc.) et la mise en place du Métro du Grand Paris à l’horizon 2030 qui créera un réseau métropolitain. Tout comme Jon Snow tu vas toi aussi un jour t’aventurer au-delà du mur et côtoyer les sauvageons.

Les cols blancs de la Plaine Saint-Denis prenant le RER D

Les cols blancs de la Plaine Saint-Denis prenant le RER D, Sophiane, 2018

Je mets certes moins de temps que toi, mais surtout j’ai moins de temps pour lire ou écouter de la bonne musique . Je suis devenu le connard du bureau qui me fout de ta gueule car tu as mis trois plombes à venir alors que je mets à peine 25 minutes porte à porte. Je me paye le luxe, suite à plusieurs années de frustration, de dire à 9h30 au bureau : « Je me suis réveillé à 8h45 au lieu de 7h30 ».

Paris intra-muros n’est plus, c’est le Grand Paris ! La banlieue a son mot à dire et comme l’a dit Médine : “La banlieue influence Paname, Paname influence le monde”.

Cordialement,”

premier tunnelier du la Ligne 15 du GPE

Lancement du premier tunnelier du la Ligne 15 du GPE, Sophiane, 2018

Pour les intéressés :

La vitesse commerciale du métro parisien varie de 21km/h pour la ligne 4 à 40km/h pour la 14 alors que le T5 est à 20 km/h, le T4 à 24km/h, le RER A 45km/h dans Paris et un bus pourvu d’une voie dédiée à une vitesse de commerciale d’environ 20km/h. Toujours pas capté ? Le métro parisien c’est juste un tram en souterrain ! En comparaison avec le vrai transport de masse dans d’autres pays, les vitesses commerciales sont bien plus élevées, les distances inter arrêt aussi réduisant le nombre d’arrêts ainsi que la capacité des rames. Et le RER ? Un « super Mass Rapid Transit » comme me l’a dit un expert du transport, soit un super métro.

Le modèle A représenté le réseau de transport parisien aujourd’hui et la C représentera le réseau parisien après la mise en service des nouvelles lignes du Grand Paris Express.

2 thoughts on “2h de trajet par jour, et alors ?”

  1. lyly says:

    J’ai l’impression de lire un article de mon alter ego , c’est tellement ça hahaa

  2. PE BATTISTINI says:

    Excellent article et tellement vrai…

    Le réseau transport d’iDF c’est un condensé de truc totalement chelous, une vraie expérience digne de Man VS Wild, si tu survie au clodo avec la jambe pourrie de la ligne 7, aux roms dévaliseurs de la ligne 1, aux prédicateurs apocalytiques de la H, à la femme araignée de châtelet aux trafiquants des wagons de la drogue de la ligne P, aux galériens énervés de l’existence de la D, aux pervers exhibitionnistes de la C, aux ruptures caténaires et blocages de 2 heures de la B… Franchement t’es paré pour la fin du monde.

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