Un travail ? Oui, mais à la carte !

Souvent, quand on rencontre une personne ou que quelqu’un se présente, les premières questions portent sur le prénom et le « tu fais quoi dans la vie ? ». Nous vivons dans une société où les individus vont souvent vivre leur vie en fonction du regard des autres, par recherche de respect et de la validation d’autrui.

Peu importe d’où tu viens, le travail est une conséquence directe de l’instruction scolaire et l’éducation qui t’est octroyée par tes parents. Donc tu grandis, tu vas à l’école, au collège puis au lycée professionnel ou général, pour éventuellement faire des études supérieures qui te donnent accès à cette vaste matrice qu’est le monde du travail. Car comme dans Matrix, nous sommes des piles qui alimentent ce formidable système capitaliste dans lequel on vit et on cherche encore un élu pour nous en sortir.

Le travail, on le voit, est une composante essentielle de notre société et un créateur de valeur pour l’économie. Rapportons ça à l’individu. A notre époque, comment doit évoluer le rapport au travail du homo-oeconomicus hyper connecté ?

Le triumvirat études-travail-famille

Le régime de Vichy, avait pour devise « Travail-Famille-Patrie », des vertus louables – malgré des politiques néfastes – qui étaient censées cimenter la société rêvée de ce régime. Le capitalisme et la période faste des Trente Glorieuses a laissé pour héritage un autre triumvirat : « études-travail-famille ».
Ce credo essentiel pour que tous citoyens de la Vème République puisse trouver sa place dans notre belle société.

L’idée est simple, réussir sur ces trois plans te filera l’approbation d’autrui avec beaucoup plus de chance de réussir que de devenir millionnaire au loto ou d’avoir le talent de notre Kylian Mbappe national. On te rentre dans la tête qu’il faut que tu étudies, que tu te trouves un travail décent plutôt bien payé et que tu fondes une famille.

Ce qui est intéressant à observer, c’est que ces critères de réussite sont partagés quelle que soit ton origine, que tu aies des origines ou pas, peu importe d’où tu viens et ta culture, ces valeurs sont toujours présentes.
Le travail est le pivot de ces trois éléments et il a fait l’objet de nombreuses théories et l’une des plus intéressantes est celle exposée par le psychologue Abraham Maslow et sa fameuse Pyramide. Pour résumer l’idée, la relation d’un individu au travail va progresser du niveau 1, c’est-à-dire « je travaille pour subvenir à mes besoins physiologiques primaires » jusqu’au niveau 5 qui est « besoin d’auto réalisation ». C’est le niveau ultime qui te permet de te lever tous les matins avec une envie pressante d’aller au boulot parce que tu t’y éclates.

       Encore mieux que Kheops, la pyramide de Maslow

Autre schématisation possible : Le paradigme DBZLe niveau normal tu subviens à tes besoins, le niveau 5 SSJ3 t’es épanoui

 

Atteindre le stade 5 dans la pyramide de Maslow, ou le niveau SSJ3 du paradigme DBZ n’est pas l’apanage de tout individu. En effet, la plupart des personnes vont se contenter des deux premiers stades, qui peuvent être couverts par le cash généré par l’activité professionnelle.
Le travail devient alors juste un moyen de gagner de l’argent comme le résumait parfaitement Kery James.

Et pour sortir avec des potes tu dois agir de façon pas très clean,
Arrêtons de lère-ga,
On tourne souvent autour de toi,
Mais ici rien n’est tui-gra,
Et ton pouvoir d’achat est si bas,
Que t’empruntes et t’endettes chez certains enfoirés,

Bosser oui ? Mais à quel prix ?

Donc que ce soit pour payer les traites pour ton mariage, une maison avec un loyer ou encore le crédit-bail pour le dernier BMW Serie 1, il faut uniquement travailler sans oublier de coffrer pour la retraite, seul moment de la vie où la société (en France particulièrement) te donne les moyens d’arrêter de travailler.
D’ici là, faut donner son temps pour gagner de l’argent. Passer à minima huit heures au boulot, plus de deux heures de préparation et de transports, sur une journée où l’on dort à peine sept heures en moyenne et il en reste donc six pour pouvoir vaquer à d’autres occupations. Donc, six heures qu’il faut répartir entre le temps à consacrer à la famille, aux potes, aux enfants et à soi.

Le seul moyen de ne pas se sentir floué par cette dure réalité c’est d’avoir un travail intéressant, qui te ferait passer au niveau 5 de la pyramide de Maslow soit le niveau SSJ3 de DBZ.

Tu le sens mon épanouissement ??

Ce stade-là qu’on peut synthétiser par :

“ Le besoin de s’accomplir est, selon Maslow, le sommet des aspirations humaines. Il vise à sortir d’une condition purement matérielle pour atteindre l’épanouissement. Nous le considérons donc comme antagoniste aux besoins physiologiques.”

Le choix d’un métier est conditionné par plusieurs paramètres et parfois il arrive qu’ils soient extérieurs à l’individu. En fonction de l’environnement social dans lequel on grandit, les perspectives de métiers diffèrent. Entre un jeune de 18 ans qui a son BAC à Stains et un jeune qui a son BAC à Boulogne-Billancourt les options de poursuites d’études ne sont pas les mêmes.
Le jeune de Stains a grandi dans un milieu où les parents sont de la classe ouvrière. Ce jeune va choisir une voie convenue, qui sera relative aux niveaux d’informations qui lui sera octroyé. Selon l’étude menée par l’association Alter’Actions pour le Ministère de la Jeunesse et des Sports, il y a deux types de réseaux d’informations.

Le réseau formel (CIO, Internet, salons de l’étudiant etc..) et les réseaux informels représentés par le réseau social. Les réseaux informels jouent un rôle important dans l’orientation de l’étudiant et l’entourage d’un individu ayant grandit dans un milieu ouvrier sera moins utile pour sa carrière s’il vise des postes de cadres.
Une fois ses études terminées, il va quitter le milieu populaire dont il vient pour s’emprisonner dans la prison dorée des cadres d’entreprises. Au classement non officiel des métiers qui lui seront « imposés », nous avons ingénieur, docteur, avocat, comptable. Des métiers connus de tous, également de la classe ouvrière. Autant de métiers à épanouissement variable, mais dont l’octroi de confort est certifié. L’épanouissement devient un choix de luxe, le devoir de prendre l’ascenseur social, quitte à le monter en rappel avec les bras de Bob l’éponge, prévalent sur toutes les autres considérations.

Le jeune de « Boulbi », dont les parents sont cadres, et donc relativement aisés, vont lui donner le choix de s’épanouir dans un métier qui ne lui offrira pas nécessairement le confort financier. En effet, ils peuvent l’informer sur tous les autres métiers qui s’offrent à lui et mettre à disposition leurs réseaux pour qu’il puisse trouver son bonheur. Le jeune voisin de Booba peut ainsi faire des études pour devenir journaliste, sociologue, historien, prof, faire du marketing dans une maison de disque, chef de produit dans une maison d’édition… autant de métiers nécessitant un réseaux, car les places sont rares !
Cette rareté, avec la loi de l’offre et la demande, tire vers le bas les salaires, mais les parents sont là pour se porter cautions pour son appart dans le 18ème ou encore aider à l’acquisition d’un bien.

Le travail devient alors aussi un aspect majeur de l’ascension social, et cette ascension est permise pour certains par le sacrifice de la recherche d’épanouissement, on reste aux trois premiers stades de la pyramide et on avance.

Génération à options

Notre génération, grâce aux nouvelles technologies, vit dans une société où il y n’y a que des options. Avec Amazon, Tinder, Spotify, Netflix et Cie, tu n’as que des options sur ce que tu peux acheter, courtiser, écouter ou regarder. C’est une vie à la carte !
Cette multiplicité de choix s’applique aussi dans le cadre de la relation au travail avec des sites comme Linkedin qui te connectent vers un monde quasi infini d’offres d’emplois qui pourraient aboutir à un contrat de travail – à nuancer bien sûr en fonction des domaines qui pour certains, comme l’informatique, sont en expansion.

Dans cette société à options, on pourrait suivre les théories de Herbert Simon, économiste, sociologue et psychologue (il pourrait être un Avenger). Celui-ci a théorisé les principes de rationalité de l’individu notamment dans la prise de décision et dans l’une de ses théories il classe les individus en deux catégories : les Maximizers et les Satisficers.

Les Satisficers sont ceux qui arrivent à se contenter de leurs situations suite à leurs prises de décisions dans la vie. Les Satisficers pourraient donc occuper un poste qui leur offrira probablement les trois premiers stades de la pyramide de Maslow et s’en contenter.
Les Maximizers de leur côté prennent plus de temps à prendre une décision. Ils sont en effet à la recherche d’un maximum de bénéfices. Le maximizer prend tous les éléments possibles en considération pour prendre une décision et se retrouve souvent dans une situation où cette dernière ne le satisfait pas complètement. On peut appeler ça « les remords du décideur », une fois la décision prise il rêve d’une autre situation qui lui parait avantageuse.

Ainsi l’individu qui se voyait avoir un travail de cadre ou technicien pépère, qui a fait des études et qui maintenant se voit ébéniste, mangaka, stand-upper, podcasteur ou même youtubeur (Toute ressemblance avec un Kameleon n’est pas du tout fortuite) est un pur Maximizer.
Dans les faits, il y a une conscience que dans l’entreprise tu es juste un maillon qu’on te vend comme étant essentiel, mais dont tu sais pertinemment que le jour où tu veux mettre les voiles, une horde de nouveaux candidats qui seront au moins aussi bons que toi et qui ont des meilleures photos sur Linkedin, seront à portée des mains des recruteurs.

Le livre « La révolte des premiers de la classe » de Jean-Laurent Cassely met la lumière sur toutes ces personnes qui décident de quitter leur job glané suite à de brillantes études pour se tourner vers des métiers plus « concrets ». Ces métiers sont pour l’écrasante majorité issue de  l’artisanat et aujourd’hui, un quart de la reprise d’activité artisanale est faite par des personnes ayant fait des études supérieures.

Néanmoins, il faut se rendre compte que, dans toutes ces réflexions, l’élément central reste le nerf de la guerre : le cash flouz monnaie.
Sinon , qu’est-ce qui empêcherait un juriste, de devenir boulanger, avec la formation adéquate pendant quelques années, pour finir écrivain et raconter sa super vie ? L’argent, parce que passer de juriste à boulanger impliquerait une perte de salaire conséquente. Putain de système capitaliste !

Donc travail avec options

Les maximizers les plus extrêmes se posent des questions de carrières en envisageant justement une absence de carrière.
Une vie d’oisiveté, comme celle théorisée par des écrivains tel que Bertrand Russel dans son ouvrage « Éloge de l’oisiveté ». Il véhicule l’idée que l’homme n’est pas fait pour travailler ou sinon quatre heures par jour. D’où toutes les théories sur le revenu universel qui émergent, sans parler du frugalisme qui est un sujet à part entière, alimentées par  la montée en pluissance de l’intelligence artificielle (IA) dans nos vies.

La destruction de métiers par l’évolution des IA est aujourd’hui défendue par beaucoup de chercheurs, mais est encore vue comme hypothétique pour le plus grand nombre. Le revenu universel pour certains peut aussi être octroyé pour compenser une perte financière générée par une réduction du temps de travail, pour que l’individu puisse se consacrer à autre chose. Ainsi notre juriste, pourrait en fonction de son désir, travailler moins pour se former pour ensuite exercer son métier de boulanger en ayant un impact financier limité voire inexistant. Ou il pourrait simplement s’initier à l’art ou au sport. On serait donc dans une relation avec le travail qui évolue pour qu’on puisse s’adapter à ce nouveau monde bourré d’options.

En conclusion, dans un monde idéal, un ou une Neo nous sortirait de cette matrice qu’est le monde capitaliste, nous proposerait un marché du travail moins rigide, où un satisficer pourrait continuer à vivre selon ces décisions sans trop de questionnements et un Maximizers pourrait satisfaire son désir de poursuivre l’épanouissement.
Une société idéale où la citation de Confucius « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » prendrait tout son sens.

En attendant cet élu, les Satisficers continuez à kiffer et vous les Maximizers continuez à rêver et si il doit y en avoir un qui prend la pilule rouge fais le vite ! Je deviendrai alors un youtubeur à plein temps !

Sources et pour te cultiver un peu :
https://www.psychologistworld.com/cognitive/maximizers-satisficers-decision-making
https://www.babelio.com/livres/Russell-loge-de-loisivete/2746
http://www.jeunes.gouv.fr/actualites/actualites-interministerielles/article/l-acces-a-l-information-et-l
https://www.babelio.com/livres/Cassely-La-revolte-des-premiers-de-la-classe/946397