Cousin chelou : un talentueux dans le côté obscur

Quand tu grandis en banlieue, tu grandis au milieu de multiples personnalités et certaines vont te marquer plus que les autres. Parmi ce panel très large, on va dans cet article s’attarder sur un personnage en particulier : Le cousin chelou. On va essayer de brosser son portrait et toute ressemblance avec un personnage existant n’est pas du tout fortuite…

Tout commence pendant l’enfance, ton cousin chelou et toi, vous vous voyez les weekends. Il habite dans une cité, dès que ton père se gare tu sais que tu vas kiffer parce qu’avec ce cousin tu t’éclates toujours. Dès que t’arrives chez lui, vous parlez de foot, de dragon Ball Z et vous descendez rapidement pour « jouer dehors ». Une fois dehors tu te rends compte que ton cousin est une star dans sa cité, il connaît tout le monde, même les grands le « checkent ». Quand tu tires un peu trop fort la balle, les grands de la cité te la renvoie, sourires aux lèvres. Ils demandent parfois à ton cousin d’aller leurs prendre des canettes chez le rebeu du coin, avec le reste de la monnaie vous vous achetez des bonbons, ça vous fait une promenade.

Quelques années plusieurs tard, ton cousin est déjà en bas en train de discuter avec ses potes quand t’arrives avec tes parents. Tu passes avec tes parents devant eux mais pour lui parler faut que d’abord t’ailles claquer la bise à ton oncle et à ta tante.
Une fois revenu en bas, tu parles avec ton cousin et ses potes. Rapidement les discussions de foot dérivent sur des discussions de guerres de cité et leur géopolitique, que tu découvres. Ces cités portent toujours des noms qui, au premier abord, ne te permettent pas d’imaginer qu’il puisse y avoir des « chauds » (terme pour évoquer un baron local). La cité des Rosiers contre les gars des Doucettes, sous ces noms poétiques se cachent de farouches bagarres entre « chauds ». Mais tu sais que c’est sérieux quand ils commencent à parler de « grands » dont certains sortent des « tarpés » ou des « schlass » pour régler leurs affaires. Fini le temps de DBZ et du foot, ton cousin chelou veut maintenant faire la guerre.

Les années avancent, vous êtes au collège et ce sont les grandes vacances. Avec ton cousin vous faites les 400 coups ensemble au bled. Quand tu parles avec lui t’es largué, il est obsédé par le banditisme, il sort que des références de gangsters, parle de sa cité avec des histoires de fous qui impliquent des gars tombés pour des histoires de drogues et d’autres qui font des « go-fast ». Bon, tu connais déjà tous ces types d’histoires mais ton cousin est fasciné et te bassine avec. Ces vacances représentent aussi les premières discussions sur les meufs, il a du succès auprès d’elles, et son dernier dégradé et son look de Kaïra font un malheur selon ses dires. Mais ton cousin n’a pas le temps pour le love, donc il revient rapidement sur ces histoires de cité.

Les années passent, t’es au lycée, les embrouilles de darons ont refroidi les relations inter-familiales donc , tu ne le revois que rarement lors des mariages. Tu as des nouvelles lointaines le concernant, il aurait déjà fait de la GAV pour des vols de jeux dans un magasin et parce qu’il s’est tapé avec des gars d’autres cités. Quand tu le vois aux mariages, le gars est toujours aussi sympa, porte toujours un costume classe et a toujours la coupe qui tue. Quand vous voulez parler, il te dit souvent « restes sérieux cousin ! » ou « toi au moins t’es une tête ». Car il s’est assagi, du moins comprend la portée de ce qu’il fait, et a subi toutes les comparaisons que sa mère peut faire en te prenant comme exemple. Toi ? Un exemple ? Ça te fait rire, lui moins, il n’a pas de rancœur mais ça le fait chier. Puis tu lui expliques que toi aussi tu essaies de vivre ta vie en étant un peu rebelle mais lui te parle de vente de barrettes, niveau rébellion tu sais que t’as totalement perdu. Cousin chelou te fascine dans sa désinvolture, il vit sa vie pour kiffer avec ses potes de sa cité. Il va se mettre à bicrave parce qu’il veut se payer les dernières paires de requin et le survêt Nike qui déchirent.

La période lycée passé, t’es à la fac et là tu ne le vois plus du tout. Tu as des nouvelles par le biais de ta mère. Il a pris une peine de prison pour vente de stup. Il est sorti il y a quelque temps. Tes parents reparlent avec les siens. Ils ont perdu leur boulot à la suite d’un accident de travail et sont indemnisés une misère. Ton cousin continue de s’enfoncer dans le banditisme.

Une fois tu le croises à la chicha, vous vous parlez comme-ci vous aviez continué de vous voir. Il a bien changé, ce n’est plus du tout le cousin que tu connaissais. Avec sa veste en cuir à 1000 balles et des paires à 500, tu vois tout de suite que lui ne tourne pas à la bourse. Il est avec sa meuf, tout t’indique que pour elle c’est lui l’homme de sa vie, mais pour lui, elle a autant de longévité que le charbon qui brûle sur la tête de la chicha. Votre discussion t’amène vers plein d’horizons, il a renoué avec le foot, il regarde plein de matchs et connaît le jeu du bout des doigts. D’ailleurs il aime parier dessus et n’hésite jamais à te parler de ses gains réels ou fictifs ; personne n’est dupe, tu sais que c’est aussi comme ça qu’il blanchit en partie son argent.

Puis la discussion bifurque sur les films, il en a vu plein, beaucoup de films de gangsters. Il en connait un rayon sur ces films, en puriste il préfère les originaux chinois dont les films hollywoodiens ne sont que des remakes. C’est aussi un mordu de séries et il aime particulièrement The Wire. Stringer Bell, qu’il a en photo de profil sur Facebook, le fascine. Pourquoi ? Il a mis en place un cartel qui permet de réguler la distribution de dope dans les hoods, en ayant des fournisseurs « référencés » qui distribuent la même dope, que tout le monde revend dans sa zone et en pratiquant des prix régulés. En gros ton cousin vient de t’expliquer le concept de cartel que tu viens de faire en microéconomie a la fac.
Tu évoques le sujet, sans trop être insistant, de son passage en prison, et là le gars t’épate. Il a un niveau de connaissance du système juridique avec un niveau de technicité digne de tes potes qui poursuivent des études de droit.

Vous vous serez la main, tu dis au revoir à sa copine, en constatant que ton cousin s’apprête à changer de charbon. Tu sors de là et tu te poses des questions sur l’avenir de ton cousin. Tout porte à croire qu’il va reprendre la vente de produits illicites. Et dans un sens ça te laisse un sentiment de gâchis, le gars a l’air tellement futé. Il serait probablement à l’aise dans n’importe quelle fac de France. Sa place serait dans un amphithéâtre et non dans la rue. Mais son choix de vie est trop éloigné du tien, lui vit dans un court-termisme absolu et c’est parfaitement assumé. Toi tu veux réussir sur le long terme.

Mais t’as aussi vu The Wire et toi aussi tu te dis que Stringer Bell aurait pu réussir dans n’importe quel business et ton cousin c’est pareil. Cet article est dédié à tous nos cousins chelous. Les gars, ne gâchez pas vos talents car comme l’a dit un jour l’un des plus grands gangsters de l’Histoire Américaine, Meyer Lansky, « Si c’était à refaire je referais tout légalement ». Parce qu’il était si doué, que certains disent qu’il aurait pu diriger Général Motors, toi aussi cousin chelou t’as ce potentiel, ne le gâche pas.

Auteur : Escobar

Épicurien, avec une curiosité insatiable. Escobar est un Kameleon qui cherche à en apprendre toujours plus, et à partager un maximum.

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